Près d'un ménage belge sur cinq déclare aujourd'hui envisager de passer à une voiture entièrement électrique dans les deux prochaines années, tandis que près d'un quart roule déjà avec un véhicule électrifié.
Ce sont là quelques-uns des chiffres que BNP Paribas Fortis met en avant dans sa dernière enquête sur la mobilité, publiée avant l'ouverture du Salon de l'automobile de Bruxelles. Le communiqué de presse affirme que les familles belges accélèrent leur transition vers la mobilité électrique.
L'argument de la banque n'est pas que les voitures électriques sont soudainement devenues la norme dans les allées privées, mais que la volonté de les adopter augmente fortement.
Disposition à passer de 11 à 18%
Selon une enquête menée auprès de 1 000 Belges fin novembre 2025, la part des ménages envisageant de remplacer une voiture à essence ou diesel par un modèle entièrement électrique d'ici fin 2027 est passée de 11 % à 18 % en un an.
Dans le même temps, la proportion de ménages déclarant déjà conduire une voiture électrique – hybride ou entièrement électrique – est passée de 16 % à 23 %. Selon BNP Paribas Fortis, cette combinaison entre une intention croissante et une exposition croissante justifie de qualifier cette transition d'accélérée plutôt que de lente et linéaire.
Discours négatif dominant
Cette approche se démarque car elle contraste avec le discours dominant dans une grande partie de l'Europe, où les acheteurs privés dans des pays tels que la Belgique, l'Allemagne et la France sont souvent décrits comme sceptiques, hésitants, voire de plus en plus négatifs à l'égard des véhicules entièrement électriques.
Au cours des deux dernières années, plusieurs études menées auprès des consommateurs ont mis en évidence des préoccupations concernant les prix d'achat élevés, la valeur de revente incertaine, l'angoisse liée à la recharge et les signaux politiques changeants. Dans certains cas, l'intérêt pour les voitures à moteur à combustion interne a même rebondi, en particulier parmi les ménages qui n'ont pas accès à des voitures de fonction ou à une recharge à domicile.
La possession d'une voiture reste profondément ancrée en Belgique, où 91 % des ménages possèdent au moins un véhicule. L'enquête souligne à quel point les ménages restent réfractaires aux alternatives qui remettent en cause ce modèle.
Pas d'intérêt pour le covoiturage
Pas moins de 86 % des personnes interrogées déclarent ne pas être intéressées par le covoiturage, ce qui confirme que la mobilité partagée reste une solution de niche réservée principalement aux jeunes utilisateurs urbains (âgés de 18 à 35 ans).
Dans le même temps, la location privée gagne du terrain en tant que compromis entre propriété et flexibilité. Près d'un ménage sur quatre se dit intéressé par une formule de location privée tout compris, et ce chiffre dépasse largement un tiers chez les moins de 35 ans.
Cela suggère que si les Belges sont réticents à renoncer à ‘ posséder une voiture ’, ils sont de plus en plus ouverts à changer leur mode d'accès et de financement. Cela montre un changement qui pourrait jouer un rôle croissant dans la mise à disposition des voitures électriques pour les utilisateurs privés qui restent hésitants à en devenir propriétaires.
Cependant, malgré la visibilité croissante des contrats de location privée, l'enquête montre clairement que la propriété reste la préférence dominante parmi les ménages belges. La principale raison invoquée pour hésiter à opter pour la location privée est le désir de rester propriétaire du véhicule, un facteur mentionné par plus de la moitié des personnes interrogées.
Pour de nombreuses familles, posséder une voiture reste synonyme de sécurité, de contrôle et de valeur à long terme, en particulier dans un contexte d'incertitude technologique lié à l'électrification.
Le leasing privé est donc moins considéré comme un substitut à la propriété que comme une option transitoire, qui séduit principalement les jeunes ménages et ceux qui recherchent la prévisibilité des coûts plutôt qu'un abandon définitif de la propriété automobile.
Étiquette ambiguë des voitures ‘ électrifiées ’
Près d'un foyer sur quatre déclare aujourd'hui posséder une voiture ‘ électrifiée ’, tandis que 9 % déclarent posséder un véhicule entièrement électrique, à titre privé ou professionnel. Cette distinction est cruciale dans un pays où les voitures de fonction jouent un rôle prépondérant : de nombreux foyers découvrent la conduite électrique grâce à des véhicules de fonction ou de location bien avant d'envisager d'en acheter un eux-mêmes.
La popularité des véhicules hybrides auprès des acheteurs privés explique davantage cette contradiction apparente. En Belgique et sur les marchés voisins, les véhicules hybrides continuent de se vendre mieux que les voitures entièrement électriques dans les immatriculations privées.
De nombreux ménages choisissent les hybrides dits ‘ auto-rechargeables ’ ou les hybrides rechargeables comme un compromis perçu comme peu risqué : une consommation de carburant réduite et une étiquette électrique, sans avoir à modifier complètement leurs habitudes de conduite ou de recharge.
Cette préférence est renforcée par les stratégies marketing des constructeurs, qui regroupent de plus en plus les hybrides légers, les hybrides complets et les hybrides rechargeables sous l'appellation générale et parfois ambiguë de ’ véhicules électrifiés ‘. Bien que ces modèles offrent des gains d'efficacité supplémentaires, ils restent fondamentalement des voitures à moteur à combustion, une distinction qui n'est pas toujours claire pour les consommateurs.
Ce qui semble toutefois changer, c'est la perception. Les infrastructures de recharge, longtemps considérées comme un obstacle majeur, ne constituent plus un facteur dissuasif. La moitié des Belges estime désormais que le nombre de bornes de recharge publiques est suffisant, tandis que le taux de satisfaction grimpe à 95% parmi les personnes qui conduisent déjà des véhicules électriques.
Le marché de l'occasion est plus important
L'enquête souligne également l'importance croissante du marché de l'occasion, plus d'un quart des ménages prévoyant de changer de véhicule dans les deux ans et déclarant qu'ils envisageraient d'acheter une voiture électrique d'occasion. Cela correspond aux données récentes sur les immatriculations, qui montrent une croissance rapide des transactions de véhicules électriques d'occasion, même si elles partent d'un niveau faible.
L'incertitude politique reste une variable clé. La décision de l'Union européenne d'assouplir la rigidité de l'interdiction des voitures à moteur à combustion neuves à partir de 2035 en autorisant des exemptions limitées et en rouvrant les discussions sur la neutralité technologique pourrait avoir des effets positifs et négatifs.
Pour certains ménages, cela pourrait réduire l'angoisse d'être contraints à faire un choix non désiré. Pour d'autres, cela pourrait encourager à retarder encore davantage la décision, en particulier si les véhicules hybrides et autres technologies de transition restent facilement disponibles et font l'objet d'une promotion intensive.
L'enquête BNP Paribas Fortis reflète donc davantage une période de transition qu'un tournant décisif. Les familles belges sont clairement de plus en plus disposées à envisager l'achat d'une voiture électrique, mais cette tendance reste fragile et dépend fortement de l'évolution des prix, de la disponibilité des véhicules d'occasion et de signaux politiques clairs.


