La réussite d'EV Belgium et le silence sur la manière de convaincre les consommateurs

Lors de sa conférence de presse annuelle, EV Belgium, la fédération faîtière représentant l'écosystème commercial derrière la mobilité zéro émission, a présenté des chiffres impressionnants : L'année 2025 s'est achevée avec plus de 145 000 véhicules électriques nouvellement vendus, une part de marché de 35 % et près de 450 000 VE sur les routes belges.

Une grande partie de ce succès est toutefois due à la domination continue des voitures de société. Alors que EV Belgium exhorte le gouvernement à faire davantage pour encourager les acheteurs privés par le biais d'incitations ciblées, la fédération elle-même ne voit pas son rôle dans l'information directe des consommateurs hésitants ou dans la lutte contre le discours de plus en plus négatif entourant les véhicules électriques.

Infrastructure de recharge +20%

Du côté des ‘ bonnes nouvelles ’, les infrastructures de recharge publiques et semi-publiques ont augmenté de plus de 20 % en un an, et la capacité de recharge rapide a connu une croissance encore plus rapide.

Les chiffres révèlent également des différences régionales marquées. La Flandre continue de dominer tant en termes d'adoption des véhicules que d'infrastructures de recharge, représentant plus des trois quarts des points de recharge publics et semi-publics en Belgique, avec plus de 82 000 installations prévues d'ici fin 2025.

La Wallonie, bien qu'elle reste à la traîne en chiffres absolus, a enregistré la croissance la plus rapide, entièrement due à des initiatives privées, en particulier dans le domaine de la recharge rapide, où la capacité a augmenté de plus de 90 % en un an, reflétant une dynamique de rattrapage évidente.

Bruxelles, limitée par son tissu urbain dense, a enregistré une croissance plus modeste, mais reste stratégiquement importante en raison de sa forte concentration de voitures de société et de navetteurs.

Dans l'ensemble, ces chiffres suggèrent que la transition vers les véhicules électriques en Belgique progresse de manière inégale, ce qui soulève des questions non seulement sur la maturité du marché, mais aussi sur les personnes qui sont concernées et celles qui sont laissées pour compte.

Parmi les précurseurs européens

Cependant, sur le papier, la Belgique semble fermement engagée dans la voie de l'électrification, le développement de ses infrastructures plaçant désormais le pays parmi les leaders européens.

Avec environ un tiers des ventes de voitures neuves représentées par les véhicules électriques, la Belgique affiche des résultats bien supérieurs à la moyenne de l'Union européenne, qui stagne encore autour de 15 %.

Il devance également les grands marchés voisins tels que l'Allemagne et la France, où la transition a ralenti après la modification des programmes d'incitation et où l'adoption par les particuliers reste hésitante.

Parmi les pays voisins immédiats, seuls les Pays-Bas égalent ou dépassent régulièrement le taux d'électrification de la Belgique, et même là, la transition est répartie de manière plus équilibrée entre les acheteurs professionnels et privés.

Cette comparaison renforce la position paradoxale de la Belgique : un leader européen sur le papier, principalement grâce à sa politique fiscale et aux voitures de fonction, mais qui peine encore à traduire ce succès en une confiance généralisée des consommateurs.

En dessous de son potentiel

Pourtant, derrière les statistiques rassurantes et les perspectives optimistes pour 2026, le ton de la conférence de presse et du communiqué de presse qui l'accompagnait révélait une réalité plus fragile.

EV Belgium a ouvertement reconnu que la croissance des ventes de véhicules électriques reste inférieure à son potentiel, en particulier en dehors du segment des voitures de société. Les acheteurs privés, le marché de l'occasion, les fourgonnettes et les camions électriques sont tous à la traîne.

La fédération a averti que sans intervention politique urgente, la Belgique risquait de se retrouver avec une infrastructure de recharge de classe mondiale, mais un parc automobile sous-développé et inégal.

Pas d'engagement public ?

Le diagnostic est familier, mais la répartition des responsabilités par EV Belgium est révélatrice. Tout en se positionnant comme la voix faisant autorité en matière de mobilité zéro émission, la fédération élude largement l'engagement public.

EV Belgium revendique le regroupement d'environ 140 entreprises actives dans toute la chaîne de valeur de l'électromobilité, des constructeurs automobiles et des entreprises énergétiques aux opérateurs de recharge et aux prestataires de services. Cela représente un écosystème commercial qui soutient quelque 50 000 emplois et génère environ 30 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel dans l'économie émergente de la mobilité électrique en Belgique.

À la question de savoir s'il fallait mieux informer les citoyens et lutter contre les idées négatives concernant les véhicules électriques, Philippe Vangeel, directeur et porte-parole d'EV Belgium et ancien secrétaire général de l'AVERE (Association européenne pour l'électromobilité), a répondu que cette tâche incombait au gouvernement.

Cette réponse cristallise la manière dont EV Belgique définit son rôle : en tant qu'acteur du marché et de la politique, et non en tant qu'acteur social. Il se concentre sur les données, les infrastructures, la réglementation et les cadres fiscaux, s'adressant aux ministres, aux administrations et aux acteurs du secteur automobile plutôt qu'aux consommateurs. L'acceptation par le public est considérée comme le résultat d'une bonne politique, et non comme un élément à façonner activement.

Cette prudence est compréhensible pour une fédération représentant plus de 140 entreprises, soucieuse d'éviter toute apparence de promotion. Mais elle a un coût.

Débat émotionnel et culturel

EV Belgium prévient que l'hésitation des acheteurs privés, la faiblesse du marché de l'occasion et l'incertitude persistante ralentissent la transition. Cependant, l'organisation refuse d'assumer la responsabilité de ce problème, estimant que des règles plus claires et de meilleures incitations suffiront.

Dans un débat devenu autant culturel et émotionnel qu'économique, cette hypothèse semble de plus en plus fragile. En laissant le débat public presque entièrement entre les mains du gouvernement, EV Belgium risque de renforcer l'image de l'électrification comme un projet descendant, mené par les entreprises, et de manquer une occasion d'utiliser son expertise unique pour combler le fossé grandissant entre le succès des politiques et la confiance du public.

 

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