La société de leasing Arval a publié son Top 10 des voitures de société les plus commandées pour 2025, et une chose ressort immédiatement : tous les modèles de la liste sont entièrement électriques, et aucun ne provient d'une marque chinoise.
En Belgique, ce résultat n'est guère fortuit. À partir de 2026, seules les voitures de société à zéro émission resteront déductibles à 100 %, une échéance fiscale qui a déjà poussé les acheteurs professionnels et les sociétés de leasing à se tourner résolument vers les véhicules électriques à batterie.
En même temps, ce même cadre fiscal belge accélère l'électrification sans modifier automatiquement l'ordre concurrentiel.
Si elle rend les véhicules électriques à batterie fiscalement inévitables, elle ne réduit pas les obstacles à l'entrée de nouveaux acteurs dans les flottes d'entreprise, où les valeurs résiduelles éprouvées, la couverture des services et la familiarité avec les achats pèsent encore plus lourd que le seul groupe motopropulseur.
Top 10 (tous BEV)
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Kia EV3
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BMW iX1
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Skoda Elroq
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Skoda Enyaq
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Mercedes-Benz EQB
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BMW i4
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Audi Q6 e-tron
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Mercedes CLA
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Volkswagen ID.7 Tourer
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Mercedes EQA
Cette liste souligne à quel point l'électrification des flottes a progressé de manière décisive. Les BEV compacts et de taille moyenne tels que le Kia EV3, le Skoda Elroq, le BMW iX1 et le Volvo EX40 dominent désormais les commandes des entreprises, remplaçant à la fois les véhicules à combustion et les anciens choix de VE haut de gamme.
Les grands absents du classement sont Tesla, qui, pendant des années, a figuré en bonne place dans les listes des dix premières flottes européennes, mais qui a disparu du classement 2025 d'Arval, reflétant l'intensification de la concurrence et l'évolution des préférences des flottes.
Le Tesla Le modèle Y se classe juste en dehors du top 10, à la 12e place, tandis que le modèle 3 tombe à la 17e place. L'hybride rechargeable le plus populaire est le BMW X1, qui se classe 44e en 2025.
Pour Arval, il s'agit d'un changement structurel et non d'une tendance temporaire : environ quatre nouvelles commandes de flotte sur cinq sont désormais entièrement électriques, ce qui est nettement supérieur à la moyenne du marché européen des voitures particulières.
Kia à l'intersection
L'importance de Kia dans le classement n'est pas non plus une coïncidence. En Belgique et aux Pays-Bas, la marque s'est positionnée exactement à l'intersection recherchée par les acheteurs de flottes : des crossovers électriques à des prix compétitifs avec une autonomie généreuse, des spécifications claires et des coûts d'exploitation prévisibles.
Les modèles tels que l'EV3 combinent un excellent rapport prix-gamme avec un réseau de concessionnaires et de services bien établi, ce qui permet aux sociétés de crédit-bail et aux entreprises clientes d'avoir confiance dans les valeurs résiduelles et l'assistance après-vente.
Sur les marchés où le taux d'adoption des VE est élevé et où les incitations fiscales sont strictes, cette combinaison a permis à Kia de surpasser à la fois ses concurrents haut de gamme et les nouveaux venus qui ont encore du mal à convaincre les gestionnaires de flotte peu enclins à prendre des risques.
Aucune marque chinoise dans les dix premiers ?
À première vue, l'absence de constructeurs chinois peut sembler surprenante. Des marques telles que BYD ou MG sont devenues de plus en plus visibles sur les routes européennes et dans les statistiques mensuelles d'immatriculation, souvent grâce à des prix agressifs et au lancement rapide de nouveaux modèles.
Pourtant, le classement d'Arval met en évidence un fossé persistant entre le marché des voitures particulières et le monde du leasing d'entreprise. Les acheteurs de flottes se déplacent différemment.
Ils privilégient le coût total de possession à long terme, les valeurs résiduelles prévisibles, les réseaux de services denses et la stabilité de l'approvisionnement. Des critères que les fabricants européens, coréens et japonais établis remplissent encore de manière plus convaincante à grande échelle.
Les données européennes confirment cette divergence. Alors que les véhicules électriques à batterie représentent aujourd'hui environ 16 % de toutes les nouvelles immatriculations de voitures particulières dans l'UE, les flottes d'entreprises s'électrifient plus rapidement, mais aussi de manière plus sélective.
Des études montrent que les voitures de société proviennent de manière disproportionnée de véhicules construits en Europe, ce qui reflète à la fois les réalités politiques et la gestion des risques opérationnels. Pour les sociétés de leasing, les incertitudes concernant les tarifs, les valeurs de revente ou la couverture après-vente peuvent facilement l'emporter sur les avantages du prix d'achat.
Cette approche prudente explique en partie pourquoi les marques chinoises, malgré une part de marché globale croissante, restent largement absentes des listes de commandes des flottes les plus importantes.
Lacune structurelle
Le fossé n'est pas idéologique, il est structurel. Les contrats de crédit-bail bloquent les risques pendant plusieurs années et les gestionnaires de flotte ont tendance à n'adopter de nouvelles marques qu'après avoir démontré leur fiabilité, leurs performances en matière de recommercialisation et la maturité de leurs services sur plusieurs marchés.
Cette structure commence toutefois à évoluer. De plus en plus de sociétés de crédit-bail concluent des partenariats stratégiques directement avec les fabricants chinois, intégrant ces partenariats dans des cadres de crédit-bail établis plutôt que d'attendre que les flottes se développent de manière organique.
La Belgique a néanmoins commencé à voir des mesures plus concrètes en faveur de l'entrée des marques chinoises dans la mobilité des entreprises par le biais des canaux de location. Un exemple récent est celui de Ayvens, qui est devenu le partenaire belge pour le leasing de Omoda et Jaecoo, deux marques appartenant à Groupe Chery.
Auparavant, des marques telles que BYD et MG s'est également assuré l'accès à la clientèle d'entreprises belges par le biais d'accords-cadres avec des sociétés de crédit-bail établies.
Ces partenariats permettent aux équipementiers chinois de s'intégrer dans les structures existantes de location, de service et de recommercialisation, abaissant ainsi les barrières à l'entrée sans modifier immédiatement le classement des flottes. Même si ces accords ne se traduiront pas immédiatement par des classements parmi les dix premiers, ils signalent une acceptation institutionnelle progressive plutôt qu'une percée en termes de volume.
Négociations de fusion en cours
La date du classement d'Arval est d'autant plus pertinente que l'entreprise est en train de négocier l'acquisition d'Athlon auprès du groupe Mercedes-Benz.
Si l'opération est menée à bien, elle donnera naissance à un géant de la location avec environ 2,3 millions de véhicules sous gestion, ce qui renforcera la position d'Arval sur les principaux marchés européens des flottes, notamment l'Allemagne, la France et les Pays-Bas.
La raison stratégique qui sous-tend la transaction est l'échelle : un plus grand pouvoir d'achat, des services d'électrification plus approfondis et des offres de flotte plus harmonisées à travers les frontières.
En théorie, cette échelle pourrait faciliter l'accès des nouveaux entrants, y compris les fabricants chinois, aux appels d'offres pour les grandes flottes. Une organisation combinée Arval-Athlon aurait plus de poids dans la négociation des prix, des garanties et des cadres de services avec les équipementiers.
Dans la pratique, cependant, il est peu probable que la fusion produise un changement immédiat dans le classement des dix premiers. L'intégration des portefeuilles, des accords avec les fournisseurs et des modèles de risque prend du temps, et aucune des deux entreprises n'a indiqué que l'élargissement de la diversité des marques était l'un des principaux objectifs de l'opération.
L'extinction de la CIE
À l'horizon 2026, le scénario le plus probable est une augmentation progressive de la visibilité de la marque chinoise dans les portefeuilles de crédit-bail des entreprises, en particulier en dehors des premières places du classement.
L'entrée dans le top 10 paneuropéen d'Arval ou d'Athlon est possible, mais loin d'être garantie. Ces listes restent le domaine des modèles qui combinent des prix compétitifs avec un risque faible, un amortissement prévisible et des structures d'assistance matures.
Le top 10 d'Arval pour 2025 raconte donc une histoire nuancée. Les flottes européennes s'électrifient plus rapidement que jamais et, sur des marchés comme la Belgique, la voiture de société à moteur à combustion se rapproche déjà de l‘’extinction réglementaire". Pourtant, la transition est façonnée par le conservatisme autant que par l'innovation.


