L'industrie anversoise se met à l'heure de l'électricité. Windrose, une start-up chinoise peu connue spécialisée dans les camions électriques et aux ambitions démesurées, a choisi la ville portuaire belge pour y implanter sa première usine européenne.
Avec la promesse de milliers de véhicules, de centaines d'emplois et d'une chaîne d'approvisionnement rationalisée reliant la Chine, la Belgique et la France, la décision marque une avancée après des mois d'incertitude.
La piste de Windrose n'est pas inébranlable, mais la société dirigée par l'entrepreneur chinois Wen Han a finalement choisi l'emplacement de sa première usine européenne. L'entreprise, qui a déjà son siège à Anvers, a confirmé qu'elle ouvrirait une usine d'assemblage dans la ville portuaire belge. Les premiers camions sortiront déjà de l'usine cette année.
Démarrage lent
Le plan prévoit un investissement initial de 100 millions d'euros pour produire 2 000 camions par an au cours de la première phase. Dans une deuxième phase, la production passera à 5 000 unités. Le démarrage est lent, étant donné que l'usine Volvo Trucks de Gand est capable de produire 45 000 unités.
Cependant, Volvo ne publie pas de chiffres de production distincts pour les camions électriques assemblés sur le site, ce qui rend difficile une comparaison directe.
Le fondateur et PDG Wen Han a qualifié de stratégique la décision de s'implanter à Anvers, les pièces étant expédiées de Chine pour être assemblées sur un site de 9,5 hectares situé sur la Noorderlaan, anciennement occupé par le fabricant de tracteurs CNH. Un partenariat local avec le promoteur immobilier Van Wellen permet d'utiliser les installations existantes et d'éviter les longs délais d'obtention des permis.

Les camions de Windrose, qui se targuent d'une autonomie de 670 kilomètres et d'un prix compétitif de 250 000 euros, ont désormais reçu une homologation européenne complète. Selon M. Han, même les prototypes seront construits à Anvers, et non en Chine. Toutefois, le processus envisagé semble se concentrer sur l'assemblage de kits plutôt que sur la fabrication de camions électriques à partir de zéro.
Scepticisme
Le chemin vers l'atterrissage à Anvers a également été semé d'embûches. Au départ, Han avait proposé un centre de production entièrement intégré à Anvers. Mais ce projet a été revu à la baisse après que les fonds d'investissement publics flamands et belges se sont retirés à la suite de voyages de due diligence en Chine.
Ils ont estimé que le projet était trop immature pour justifier un financement par le contribuable. Windrose s'est alors tournée vers des capitaux privés et affirme avoir obtenu suffisamment de fonds pour lancer la fabrication.
Le scepticisme n'a pas complètement disparu depuis qu'un dénonciateur a accusé l'entreprise de salaires impayés, de fausses annonces d'expédition et de fonctionner à partir d'une caravane après avoir perdu l'accès à ses bureaux. Han n'a jamais répondu publiquement à ces allégations.
Même les autorités locales avaient des doutes au départ. Jacques Vandermeiren, directeur général du port d'Anvers-Bruges, a admis lors de la conférence de presse d'hier qu'il était lui aussi d'abord “sceptique” quant à la viabilité de la conception et de la réglementation de Windrose. Mais avec l'homologation en poche et la création d'une coentreprise, M. Vandermeiren est désormais optimiste. “Han est un battant”, a-t-il déclaré. “Je pense que les obstacles peuvent être surmontés.”
200 dépôts
Reste à savoir si les clients sont d'accord. Windrose affirme que plus de 6 000 entreprises de transport ont manifesté leur intérêt et que 200 d'entre elles ont fait des dépôts. Actuellement, une trentaine de camions sont en phase d'essai en conditions réelles. Des partenaires de maintenance sont en cours de sélection et des efforts de vente ont été entrepris dans toute l'Europe.
Anvers, pour sa part, mise sur l'élan. La proximité de l'usine avec la ville devrait améliorer l'accès aux talents, tandis que le nouveau trafic de conteneurs devrait stimuler l'activité portuaire. Le second site de Valenciennes, en France, qui était également en lice pour le titre de fabricant, s'occupera de tâches de production plus lourdes et expédiera les composants à Anvers pour l'assemblage final.
La mise en œuvre est présentée comme délibérée plutôt que retardée. Mais pour une entreprise qui doit encore répondre à des questions sur sa solvabilité et sa capacité de production réelle, l'entreprise anversoise de Windrose pourrait devenir soit la base d'une percée, soit un faux pas européen coûteux.


