Une étude de Deloitte révèle que l'écart de revenus ralentit la transition vers les VE en Belgique

Selon La dernière étude mondiale de Deloitte sur les consommateurs d'automobiles, En Belgique, seuls 12 % des consommateurs affirment qu'un véhicule électrique à batterie (BEV) sera leur prochaine voiture, ce qui représente une légère augmentation par rapport aux 11 % de l'année précédente.

Derrière ce chiffre modeste se cache une grande disparité de revenus. Parmi les ménages gagnant moins de 27 000 euros par an, 59 % préfèrent un véhicule à essence ou diesel, tandis que 6 % seulement envisageraient un véhicule entièrement électrique. Parmi les ménages à revenus plus élevés, environ un sur cinq est ouvert à l'achat d'un BEV.

Au-delà du simple pouvoir d'achat

Il peut sembler évident que les ménages à faibles revenus sont moins enclins à acheter des véhicules électriques, étant donné leur coût initial plus élevé. Mais les conclusions de Deloitte suggèrent que le problème va au-delà du simple pouvoir d'achat.

Dans la structure unique du marché automobile belge, caractérisée par de généreux programmes de voitures de société et un soutien direct limité aux acheteurs privés, la transition vers la mobilité électrique risque de renforcer les inégalités structurelles plutôt que de simplement les refléter.

L'étude, basée sur plus de 1 000 répondants belges dans le cadre d'une enquête mondiale auprès de 28 000 consommateurs, montre que l'électrification n'est pas uniformément ralentie, mais inégalement répartie.

Approfondir le fossé existant

Les ménages à revenus élevés sont plus disposés et capables d'adopter les BEV, tandis que les consommateurs à faibles revenus restent attachés aux voitures à moteur à combustion interne (ICE). Deloitte prévient que si les obstacles liés à l'accessibilité financière ne sont pas levés, le passage à la mobilité zéro émission pourrait creuser le fossé existant en matière de mobilité.

La faible appétence des ménages à faibles revenus pour les VE complets n'est pas nécessairement le signe d'une résistance à l'électrification. Nombre d'entre eux semblent plus enclins à opter pour des véhicules hybrides, qui consomment moins de carburant sans avoir à supporter le coût initial plus élevé ou la dépendance à l'égard de la recharge d'un BEV.

Pour les acheteurs financièrement limités - plus susceptibles d'acheter des véhicules d'occasion et n'ayant pas accès à un système de recharge privé - les hybrides représentent une solution intermédiaire pragmatique. Les considérations climatiques sont souvent secondaires par rapport aux pressions financières immédiates, ce qui est compréhensible.

L'accessibilité financière est essentielle

L'accessibilité financière reste essentielle. Toutes catégories de revenus confondues, 45 % des consommateurs belges préfèrent encore l'essence ou le diesel pour leur prochain véhicule, contre 31 % pour les hybrides et 12 % pour les BEV.

Le prix d'achat plus élevé des voitures électriques est cité par 43 % des personnes interrogées comme le principal obstacle, alors que la baisse des prix des carburants est la principale motivation. Les économies à long terme semblent insuffisantes pour compenser l'obstacle de l'investissement initial.

La structure du marché automobile belge amplifie l'écart. Une grande partie des nouvelles immatriculations provient des voitures de société, qui s'électrifient rapidement grâce aux incitations fiscales.

Les acheteurs privés - en particulier ceux qui ont des revenus plus faibles - jouent un rôle moins important sur le marché des voitures neuves et doivent compter en grande partie sur leur épargne personnelle ou sur des prêts coûteux.

Par conséquent, la transition vers les VE progresse rapidement dans les flottes d'entreprises, mais plus lentement dans les ménages qui n'ont pas accès à des véhicules fournis par l'employeur.

Le marché de l'occasion est déterminant

Le marché de l'occasion est donc déterminant. Alors que 37 % des consommateurs interrogés dans le cadre de l'étude Deloitte déclarent préférer acheter un véhicule d'occasion pour leur prochain véhicule, les données du marché montrent que près de deux tiers de toutes les immatriculations de voitures en Belgique sont des voitures d'occasion. Cela souligne le rôle central du segment de l'occasion dans la mobilité privée.

Les jeunes acheteurs, les femmes et les ménages à faible revenu sont encore plus enclins à acheter des véhicules d'occasion. Pourtant, l'offre de BEV d'occasion abordables reste limitée, et l'incertitude quant à la santé des batteries et aux coûts de remplacement potentiels en fait un risque financier perçu par les ménages ayant peu d'épargne de réserve.

Des données récentes de la fédération de mobilité Traxio soulignent l'ampleur de cette réalité structurelle. En 2025, près de 734 000 voitures particulières d'occasion ont été immatriculées en Belgique, ce qui représente 63,9 % du marché total, contre un peu plus d'un tiers pour les nouvelles immatriculations.

Les véhicules à essence et diesel dominent toujours ces transactions, tandis que les hybrides gagnent progressivement du terrain et que les BEV d'occasion restent un créneau relativement restreint.

Les modèles les plus fréquemment réenregistrés - en tête desquels la Volkswagen Golf, suivie de la Volkswagen Polo et de l'Opel Corsa - sont des voitures compactes à combustion bien établies.

Le véritable centre de gravité de la mobilité privée belge réside dans ce marché de l'occasion à fort volume et à inertie, plutôt que dans le parc de voitures neuves en voie d'électrification.

Les prix restent un obstacle

Alors que de plus en plus de voitures électriques arrivent sur le marché de l'occasion à mesure que les contrats de location arrivent à échéance, les prix restent un obstacle. Il est désormais possible de trouver des BEV d'entrée de gamme d'occasion à moins de 20 000 euros, et parfois moins pour les modèles plus anciens ou ayant un kilométrage élevé. Toutefois, des voitures à essence d'occasion comparables sont souvent disponibles pour moins de 10 000 euros sans financement.

Du point de vue du coût total de possession (TCO), les BEV peuvent être compétitifs. L'électricité est généralement moins chère au kilomètre que l'essence, les coûts d'entretien sont moins élevés car il y a moins de pièces mobiles, et certaines régions offrent des avantages fiscaux.

En fonction du kilométrage et de l'accès à la recharge, les économies annuelles par rapport à un véhicule à moteur à combustion interne équivalent peuvent s'élever à plusieurs centaines d'euros.

Mais dans la pratique, les calculs de coûts à long terme guident rarement les décisions des ménages. Pour de nombreux consommateurs à faibles revenus, les flux de trésorerie et le risque financier sont plus importants que les économies projetées sur toute la durée de vie.

Un investissement initial ou un prêt automobile plus élevé peut représenter une charge importante, même si les coûts d'utilisation sont moins élevés au fil du temps. En réalité, la voiture la plus économique est souvent celle que l'on possède déjà, surtout si elle est entièrement remboursée.

Les conditions de logement ajoutent une autre contrainte. Les ménages à faibles revenus sont plus susceptibles de louer des appartements sans accès à un système de recharge privé, tandis que la recharge publique est généralement plus coûteuse, ce qui érode une grande partie de l'avantage opérationnel des BEV.

Au-delà de l'électrification, l'étude de Deloitte souligne la forte sensibilité des consommateurs belges au prix, leur fidélité limitée à la marque et leur attitude prudente à l'égard des véhicules définis par logiciel et du partage des données. La qualité du service, la transparence et le coût restent des priorités clés, les concessionnaires autorisés demeurant les fournisseurs d'entretien préférés.

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