BYD rejoint l'IATF, organisme mondial de réglementation, alors que la puissance automobile se déplace vers l'Est

Le constructeur chinois de véhicules électriques BYD a rejoint l'International Automotive Task Force (IATF), l'une des institutions mondiales les plus influentes mais peu connues de l'industrie automobile, dominée jusqu'à présent par les constructeurs occidentaux et japonais.

Cette décision donne au fabricant de véhicules électriques, qui connaît une croissance rapide, un siège à la table où sont définies les normes de fabrication régissant la chaîne d'approvisionnement mondiale de l'automobile, marquant ainsi une étape symbolique dans l'évolution de l'équilibre des pouvoirs dans l'industrie automobile mondiale.

Normes de conduite des affaires

L'IATF supervise l'IATF 16949, la norme de gestion de la qualité utilisée par la plupart des constructeurs automobiles du monde entier pour certifier leurs fournisseurs.

Pour des milliers d'entreprises qui produisent des composants allant de l'électronique et des systèmes de direction aux modules de batterie et aux pièces contrôlées par logiciel, la certification selon cette norme est en fait une condition préalable pour faire des affaires avec les principaux constructeurs automobiles.

L'adhésion à l'IATF a toujours été limitée à un petit groupe d'équipementiers mondiaux et d'associations nationales de l'industrie automobile.

Pendant des décennies, le système a été dominé par des constructeurs occidentaux tels que BMW, Ford, General Motors, Volkswagen Group, Renault Group et Stellantis, ainsi que par des associations de fournisseurs représentant les principaux marchés automobiles.

Leurs décisions influencent la manière dont les usines sont contrôlées, la traçabilité des défauts et la gestion des chaînes d'approvisionnement dans l'ensemble du secteur.

Premier grand fabricant chinois

L'admission de BYD dans la nouvelle entité juridique de l'IATF, l'IATF AISBL, marque donc la première fois qu'un grand fabricant chinois de véhicules électriques joue un rôle direct dans la gouvernance de ce système.

Cette évolution reflète la transformation rapide du secteur automobile, où les fabricants chinois sont devenus des acteurs majeurs de la mobilité électrique et de la production de batteries.

La création de l'IATF AISBL elle-même s'inscrit dans cette évolution. Pendant la majeure partie de son existence, l'IATF a fonctionné comme un consortium relativement lâche de constructeurs automobiles coordonnant les normes mondiales de qualité des fournisseurs.

Au fur et à mesure que le système se développe et que les réseaux de certification s'étendent dans le monde entier, l'organisation formalise sa gouvernance par le biais d'une structure juridique spécifique.

Sous forme juridique belge

La nouvelle entité a été créée en Belgique sous la forme d'une AISBL (Association Internationale Sans But Lucratif), une forme juridique couramment utilisée pour les associations internationales sans but lucratif, qui offre un cadre plus clair pour l'adhésion, la prise de décision et la supervision du système de certification mondial.

La Belgique est un lieu d'implantation naturel pour de telles organisations. Le pays accueille de nombreuses associations internationales et organismes industriels grâce à son cadre juridique stable et à sa proximité avec les institutions européennes à Bruxelles, même si l'IATF fonctionne indépendamment de la réglementation de l'UE.

Pendant des décennies, l'architecture mondiale des normes automobiles a été largement façonnée par les constructeurs occidentaux. Le système moderne a vu le jour dans les années 1990, lorsque les équipementiers américains et européens ont cherché à harmoniser les exigences de qualité des fournisseurs dans le monde entier.

À l'époque, les constructeurs automobiles chinois étaient peu présents sur les marchés mondiaux et s'appuyaient largement sur des coentreprises avec des fabricants étrangers, ce qui signifie que les normes internationales étaient largement appliquées par l'intermédiaire de ces partenaires.

Geely n'est pas un membre direct

Depuis lors, les constructeurs automobiles chinois se sont progressivement intégrés dans l'industrie mondiale. Des entreprises telles que Geely se sont développées à l'échelle internationale en acquérant des marques établies, notamment Volvo Cars, Polestar et Lotus, qui opéraient déjà au sein de l'écosystème occidental existant en matière de qualité des fournisseurs. Leurs chaînes d'approvisionnement ont donc suivi les mêmes normes IATF indirectement par le biais de ces structures européennes.

La trajectoire de BYD a été différente. L'entreprise a construit sa présence internationale en grande partie sous sa propre marque et a développé un modèle de fabrication fortement intégré verticalement.

Elle produit en interne de nombreux composants clés, notamment des batteries, des moteurs électriques et de l'électronique de puissance, ce qui lui confère une grande expertise des processus de fabrication des véhicules électriques et des chaînes d'approvisionnement.

La participation à l'IATF permet aux entreprises membres d'influencer l'évolution des normes régissant les audits des fournisseurs, la traçabilité des composants et les systèmes de qualité de la fabrication.

L'électricité devient l'élément le plus important

Étant donné que les véhicules électriques posent de nouveaux défis techniques - notamment en ce qui concerne les systèmes à haute tension, la production de batteries et l'intégration de logiciels - les normes régissant ces domaines devraient également évoluer.

L'arrivée de BYD intervient donc à un moment où l'industrie redéfinit nombre de ses cadres techniques pour l'ère de l'électrification.

L'entreprise sera représentée au sein de l'organisation par Shu Wenfeng, qui apportera son expertise issue de ses activités de fabrication de véhicules électriques et de batteries à grande échelle.

Bien que peu d'informations publiques soient disponibles sur sa carrière, cette fonction est généralement occupée par des cadres supérieurs responsables des systèmes de qualité de la production mondiale et des normes applicables aux fournisseurs.

Cette évolution met également en évidence le caractère de plus en plus mondial de la gouvernance automobile. Alors que des organisations telles que l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) se concentrent sur les débats réglementaires et politiques au sein de l'Union européenne, l'IATF opère à un niveau différent.

Ses décisions affectent la manière dont les véhicules sont construits plutôt que la manière dont ils sont réglementés, façonnant ainsi le cadre opérationnel de la chaîne d'approvisionnement automobile mondiale.

En ce sens, l'entrée de BYD dans l'IATF représente plus qu'un changement de procédure. Elle souligne le rééquilibrage plus large en cours dans l'industrie automobile mondiale à mesure que la mobilité électrique s'accélère et que de nouveaux leaders industriels émergent.

Les constructeurs chinois, autrefois largement confinés aux marchés nationaux, deviennent des acteurs mondiaux, non seulement au niveau des ventes et de la production, mais aussi au niveau des institutions qui régissent la conception et la fabrication des voitures.

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