Le marché néerlandais des motocycles est confronté à un problème de fraude croissant impliquant le système de taxe à l'achat du pays, les organisations du secteur avertissant que des millions d'euros de recettes pourraient être perdus chaque année en raison de la manipulation des valeurs d'importation.
Selon RAI Vereniging, l'importation de motos d'occasion fait l'objet d'une fraude à grande échelle, un problème mis en évidence pour la première fois par De Telegraaf.
Alors que les cas individuels impliquent généralement des centaines de milliers à plusieurs millions d'euros, des estimations plus larges suggèrent que la fraude liée à la BPM sur l'ensemble du marché automobile pourrait coûter à l'État néerlandais jusqu'à des centaines de millions par an, certaines sources évoquant des pertes d'environ 1 million d'euros par jour. Dans ce contexte, l'attention se porte désormais sur les motocyclettes.
Diminution artificielle de la valeur
La fraude concerne la taxe néerlandaise BPM (Belasting van Personenauto's en Motorrijwielen), due lors de l'immatriculation et basée sur des facteurs tels que les émissions de CO₂, l'âge et la valeur résiduelle. En abaissant artificiellement cette valeur, les importateurs peuvent réduire considérablement la taxe due.
Selon RAI Vereniging, cette pratique affecte de manière disproportionnée les motos haut de gamme dont la charge de BPM est élevée, des marques telles que BMW, Ducati et KTM étant fréquemment citées en raison des gains financiers plus importants qu'elles génèrent.
Le mécanisme est relativement simple. Les importateurs soumettent des documents manipulés suggérant qu'une moto est plus ancienne ou plus endommagée qu'elle ne l'est en réalité, parfois étayés par des rapports de dommages ou des images fictifs.
Cela réduit la valeur déclarée et, par conséquent, le MPB dû. Les représentants de l'industrie affirment que cette pratique est très répandue et relativement facile à mettre en œuvre, étant donné que les importations ne nécessitent souvent que des contrôles administratifs plutôt que des inspections techniques complètes.
500 € à 800 € par moto
Le gain par véhicule peut sembler modeste, mais il s'accumule rapidement. Les estimations indiquent un avantage fiscal typique de 500 à 800 euros par moto, qui peut atteindre plusieurs milliers d'euros pour les modèles haut de gamme. Au niveau global, l'impact est substantiel.
RAI Vereniging rapporte que des écarts de 1,5 million d'euros ont été identifiés pour une seule marque en un an, ce qui laisse présager des volumes de fraude totaux de plusieurs millions d'euros par an.
Au-delà de la perte de recettes fiscales, cette pratique fausse le marché en cassant les prix des concessionnaires légitimes et en créant des risques pour les acheteurs, qui peuvent par la suite être confrontés à des problèmes dus à des incohérences dans l'historique fiscal d'un véhicule.
L'augmentation de la fraude coïncide avec un changement structurel du marché néerlandais des motocycles. En 2025, plus de motos ont été importées que vendues neuves, ce qui a accru la dépendance à l'égard du commerce transfrontalier. La plupart des importations proviennent de l'Union européenne, où aucun droit d'importation ne s'applique et où seule la BPM doit être réglée lors de l'enregistrement, ce qui fait du processus d'évaluation une vulnérabilité majeure.
Fournisseur notable de la Belgique ?
Si l'Allemagne reste la principale source de motocycles d'occasion pour le marché néerlandais, la Belgique apparaît également comme un fournisseur important en raison de sa proximité et de ses prix compétitifs.
La Belgique enregistre environ 90 000 transactions de motocycles par an, contre 150 000 à 180 000 aux Pays-Bas, ce qui s'explique en grande partie par un segment de l'occasion et de l'importation beaucoup plus important.
Bien qu'il n'existe pas de chiffres officiels détaillant les exportations par pays de destination, le porte-parole Filip Rylant confirme que les données de Traxio, la fédération belge représentant les fournisseurs de services de mobilité et les concessionnaires de véhicules, suggèrent que la Belgique est devenue un exportateur important.
Selon Traxio, plus de 60 000 motos ont disparu du système d'immatriculation belge ces dernières années. Bien qu'aucune donnée officielle sur les exportations ne soit disponible, la fédération attribue une grande partie de ce déclin à la vente de véhicules à l'étranger.
Les volumes concernés sont considérés comme trop importants pour s'expliquer uniquement par la mise à la casse et coïncident avec une activité soutenue du marché de l'occasion et une demande croissante de la part d'acheteurs étrangers, y compris des négociants néerlandais.
Acheteurs internationaux
Les concessionnaires belges font également état d'une activité accrue de la part des acheteurs internationaux, tandis que les changements réglementaires, tels que les inspections obligatoires pour les motocycles d'occasion, pourraient avoir encouragé davantage les exportations.
Bien que Traxio ne fournisse pas de ventilation par pays, la combinaison de volumes d'exportation élevés et de l'activité confirmée des acheteurs néerlandais indique que la Belgique est un contributeur plausible à la chaîne d'approvisionnement qui alimente le marché d'importation néerlandais.
Le tableau d'ensemble est celui d'un marché transfrontalier dans lequel les motocyclettes circulent librement au sein de l'UE, tandis que la fiscalité reste nationale, ce qui crée des possibilités d'arbitrage et, dans certains cas, de fraude.
Les autorités néerlandaises ont déjà découvert des pratiques similaires sur le marché de l'automobile, et des schémas comparables semblent maintenant émerger dans le secteur des motocycles. Pour les décideurs politiques, le défi consiste à renforcer les contrôles sans perturber le marché unique. Pour l'industrie, la priorité est de rétablir une concurrence loyale sur un marché où, selon RAI Vereniging, les prix ne s'additionnent parfois tout simplement pas.


