Mardi, le service d'épicerie en ligne Collect&Go de Colruyt a lancé un service innovant de livraison à domicile à Louvain utilisant un véhicule électrique sans conducteur. Le projet a commencé comme un pilote plus tôt.
Ce lancement s'inscrit dans le cadre du développement plus large d'une logistique urbaine durable et efficace. Le véhicule est - pour l'instant - contrôlé et surveillé à distance via le réseau 5G, en collaboration avec le partenaire technologique Telenet Business.
Il s'agit d'une première en Belgique et d'une véritable innovation pour l'Europe, même si elle n'est pas unique au monde : un petit véhicule autonome circule sur la voie publique sans itinéraire fixe, livrant des produits alimentaires directement aux clients. Ils reçoivent un SMS à l'arrivée de la camionnette, ainsi qu'un code leur permettant d'ouvrir le hayon et de récupérer leurs courses.
Une administration qui prend du temps
Colruyt a acheté les camionnettes il y a quatre ans et les a testées sur des parkings à Londerzeel, car le cadre réglementaire ne permettait pas de les mettre en circulation sur la voie publique. Il a fallu beaucoup de temps pour obtenir l'autorisation de toutes les autorités compétentes, y compris le gouvernement flamand, l'administration de la ville et la police.
La camionnette n'est pas encore totalement autonome. Un opérateur surveille chaque trajet en temps réel via une connexion réseau spécialisée. Le véhicule sans équipage se déplace à une vitesse maximale de 25 km/heure et est équipé de caméras et de capteurs qui analysent et surveillent en permanence les environs. Les obstacles tels que les cyclistes, les piétons et les autres véhicules sont automatiquement détectés.
Un meilleur cadre de vie urbain
Les commandes sont enlevées au point Collect&Go à Kessel-Lo et livrées par le véhicule autonome. Le coût de la livraison est de 7 euros, comparable aux autres options de livraison à domicile.
Avec ce service, Collect&Go vise non seulement à réduire les embouteillages et l'impact environnemental des livraisons, mais aussi à contribuer à l'amélioration du cadre de vie urbain.
Réactions enthousiastes
Le ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke (Les Engagés) veut s'engager, en tant que ministre, à ce qu'une telle innovation puisse se développer en toute sécurité et contribuer ainsi à une mobilité durable et sobre en carbone.
La ville de Louvain est également enthousiaste car le projet contribue à une circulation urbaine plus sûre et plus efficace. Enfin, pour Colruyt, il s'agit d'un tremplin vers des applications plus nombreuses et plus larges de livraisons électriques autonomes dans un contexte urbain.
Le projet a été réalisé en collaboration avec la ville de Louvain et le Service public fédéral Mobilité, qui a accordé l'autorisation de circulation du véhicule sur la voie publique. L'Agence des routes et de la circulation et l'organisme de recherche Vias ont également contribué aux analyses de sécurité.
Europe
En Europe, la livraison autonome est encore expérimentale et étroitement réglementée. Par conséquent, la plupart des projets sont des projets pilotes limités. Des entreprises comme Starship Technologies opèrent en Estonie, au Royaume-Uni et en Allemagne.
Mais ils utilisent de petits robots de livraison autonomes qui circulent sur les trottoirs et non sur les routes. L'Allemagne, la France et la Suède, quant à elles, utilisent des camionnettes de livraison sans conducteur, mais elles sont souvent limitées à des itinéraires fixes et à des zones contrôlées.
Le projet Colruyt à Louvain est unique parce que les camionnettes empruntent des voies publiques, ne doivent pas suivre un itinéraire fixe et servent de ‘vrais’ clients. Cette combinaison est encore très exceptionnelle en Europe. Le projet de Louvain est à la pointe de l'Europe en raison de sa flexibilité et de son utilisation dans le monde réel.
Les États-Unis et la Chine ?
Aux États-Unis, la technologie est plus avancée mais encore inégale. Les principaux acteurs sont Nuro, Amazon et Walmart, mais leur adoption n'est pas encore généralisée et de nombreux projets pilotes sont interrompus ou réduits en raison des coûts.
La Chine est le marché le plus avancé en matière de livraisons autonomes. Dans certaines villes, des centaines de robots livrent chaque jour des colis, des produits d'épicerie et même des aliments frais. La demande de livraison est massive et le gouvernement la soutient fortement.
Déjà rentable ?
Cependant, la plupart des livraisons autonomes ne sont pas encore rentables. Paradoxalement, dans de nombreuses villes, l'automatisation n'est pas encore plus rentable que l'homme. Il en va de même pour le projet Colruyt. En outre, les robots sont inactifs la plupart des heures de la journée ; ils ont encore besoin d'une supervision humaine, et ils ont besoin d'une densité de volume élevée pour être rentables.
La vraie question pour l'industrie est la suivante : L'autonomie résout-elle un problème réel ou s'agit-il simplement d'une démo cool ? En réalité, la main-d'œuvre est toujours moins chère que les robots en Europe. Les flottes entièrement sans conducteur sont trop risquées et trop chères, pour l'instant. Toutefois, à long terme, on peut s'attendre à une véritable évolution vers l'autonomie réelle, étant donné que les coûts baisseront de manière significative.


