La société américaine LanzaTech a choisi le port de la mer du Nord à Gand pour implanter sa première usine européenne de production de carburant aviation durable (SAF) à l'aide de la technologie de conversion de l'alcool en carburant aviation.
Le projet représente un investissement de 500 millions d'euros. L'usine devrait créer 50 emplois permanents, en plus d'environ 300 emplois pendant la période de construction de trois ans.
L'éthanol d'ArcelorMittal comme matière première
LanzaTech est une entreprise technologique américaine cotée en bourse, spécialisée dans la conversion du carbone des flux de déchets industriels en nouvelles matières premières, en combustibles durables et en produits chimiques.
Selon Jennifer Holmgren, directrice générale, Gand a été choisie en raison de son écosystème industriel existant et de l'infrastructure logistique le long du canal Gand-Terneuzen.
L'usine serait située juste en face de l'usine Steelanol d'ArcelorMittal. Le producteur d'acier fabrique de l'éthanol à partir de gaz résiduels industriels capturés. Cet éthanol servira désormais de matière première à la nouvelle usine de LanzaTech, où un processus chimique le convertira en carburéacteur durable.
Le rôle de Steelanol, qui utilise la technologie développée par LanzaTech, dans le nouveau projet est frappant. Pas plus tard qu'à la fin de l'année dernière, des questions ont été soulevées quant à la viabilité économique de l'installation, qui a coûté quelque 200 millions d'euros et qui est opérationnelle depuis à peine 3,5 ans. À l'époque, on parlait ouvertement d'une éventuelle fermeture.
Le cadre réglementaire a joué un rôle particulièrement important : l'éthanol produit n'était pas encore reconnu comme un biocarburant avancé ou un carburant recyclé, ce qui signifie que les avantages pour le climat n'ont pas été suffisamment pris en compte dans le bilan des émissions.
Selon ArcelorMittal, sans solution, l'installation risquait de devenir économiquement intenable. Or, le projet d'usine SAF de LanzaTech pourrait désormais offrir un marché supplémentaire à l'éthanol produit à Gand.

Production annuelle de SAF de 79 000 tonnes
L'installation devrait produire 79 000 tonnes de SAF et 9 000 tonnes de diesel renouvelable par an. La SAF est actuellement considérée comme l'une des principales alternatives au kérosène conventionnel dans le secteur de l'aviation, où les pressions se font de plus en plus fortes pour réduire les émissions de CO2. Les réglementations européennes exigent également que les compagnies aériennes augmentent la proportion de carburants durables dans leur mélange de carburants dans les années à venir.
L'usine SAF fait partie du consortium FLITE (Fuel via Low carbon Integrated Technology from Ethanol) et bénéficie du soutien du programme européen Horizon 2020. L'installation doit se conformer aux normes internationales pour les SAF, notamment CORSIA et les normes européennes pour les SAF. ReFuelEU Réglementation aérienne.
Actuellement, il n'existe qu'une seule usine commerciale LanzaJet dans le monde, située à Soperton, en Géorgie (États-Unis). Cette usine a une capacité d'environ 10 millions de gallons de carburant par an.
Au Royaume-Uni, LanzaJet - la filiale de LanzaTech qui commercialise la technologie Alcohol-to-Jet - possède également des usines, notamment à Teesside. L'usine produira plus de 90 000 tonnes de SAF et de diesel renouvelable par an. Toutes les SAF produites sont destinées à British Airways, ce qui réduirait les émissions de CO2 de la compagnie aérienne de 230 000 tonnes par an.
Aucune date de début n'a encore été annoncée
À l'heure actuelle, les études préliminaires seraient en grande partie terminées, les lettres d'intention pour l'approvisionnement en matières premières ont été signées et les grandes lignes des accords d'exploitation ont été finalisées.
Toutefois, l'investissement doit encore faire l'objet de procédures d'autorisation supplémentaires et d'une décision d'investissement finale.
La notification de l'évaluation des incidences sur l'environnement (EIE) sera bientôt soumise aux autorités compétentes, marquant ainsi une étape importante dans la phase suivante du projet. Un calendrier précis pour le début de la construction n'a pas été annoncé.
‘Impact 2030’
Selon North Sea Port, le projet démontre également pourquoi le port de Gand reste un site attractif pour les nouveaux projets énergétiques et chimiques. Le port dispose de vastes installations de stockage pour le vrac liquide, d'une infrastructure existante pour les carburants et de connexions multimodales via le transport maritime, les voies navigables intérieures, le rail et la route.
La présence de grands acteurs industriels joue également un rôle important, tout comme la stratégie ‘Impact 2030’, qui s'engage pleinement en faveur de la transition énergétique, de l'économie circulaire et des carburants alternatifs tels que l'hydrogène et les biocarburants. La zone portuaire accueille 550 entreprises et crée des emplois directs et indirects pour 106 000 personnes.
Les SAF sont déjà produites en Belgique, bien qu'il s'agisse d'un développement relativement récent. En août dernier, TotalEnergies a commencé à produire des FAS dans sa raffinerie d'Anvers. Les FAS sont produites par co-traitement, une méthode intégrée dans laquelle les matières premières renouvelables sont traitées en même temps que le pétrole dans une installation de raffinage existante.
Les matières premières utilisées sont l'huile de cuisson et les graisses animales. L'entreprise avait déjà pour objectif d'atteindre une production de 50 000 tonnes d'ici 2025, ce qui suffirait à rendre la Belgique autosuffisante dans le cadre du mandat actuel de la SAF européenne.


