C'était la promesse de la décennie en matière de batteries. Donut Lab avait présenté des cellules à semi-conducteurs qui avaient bouleversé le monde des batteries par leur efficacité et leurs temps de recharge fulgurants. Or, il s'avère qu'il ne s'agissait en réalité que d'une simple cellule lithium-ion liquide, accompagnée d'un communiqué de presse ambitieux. Les autorités financières et judiciaires finlandaises enquêteraient actuellement sur cette affaire.
Sonnette d'alarme
Une enquête approfondie publiée cette semaine a apporté la preuve irréfutable que la ‘ batterie à l'état solide ’ de Donut Lab est en réalité une cellule lithium-ion classique.
Auparavant, cette batterie avait fait la une lors du CES 2026, vantant une technologie à l'état solide au sodium-ion qui promettait une densité énergétique de 400 Wh/kg, 100 000 cycles de charge et une recharge rapide en cinq minutes. Il s'est avéré qu'il s'agissait d'une arnaque.
Le secteur des batteries est connu pour ses annonces ambitieuses en laboratoire qui soulèvent des questions quant à leur viabilité dans la pratique. Quant à Donut Labs, les signaux d'alarme sonnaient depuis un certain temps déjà.
Même si cinq rapports d'essais indépendants réalisés par le Centre de recherche technique VTT en Finlande ont confirmé certaines allégations secondaires : la recharge rapide et la résistance aux températures élevées.
Ce que le test ne révèle pas
Mais les experts en batteries n'ont pas été convaincus non seulement par les résultats des tests du VTT, mais aussi par ce qu'ils ne montraient manifestement pas. La cellule a également gonflé de manière visible pendant la charge, après seulement quatre cycles.
Ce n'est pas un détail insignifiant. Les électrolytes liquides gonflent, contrairement aux solides. De manière systématique, les tests ont également éludé les deux paramètres qui comptaient réellement : la densité énergétique et la durée de vie. Pour mesurer la densité énergétique, il suffit d'une balance et d'un test de décharge basique. Le VTT ne l'a jamais fait.
En avril, l'ancien directeur commercial de Donut Lab a déposé une plainte pénale en Finlande, affirmant que les objectifs n'avaient jamais été atteints.
Par la suite, le chercheur en batteries Ziroth a coordonné une étude à laquelle ont participé plus de 20 experts indépendants en batteries, dont des chercheurs de l'institut Fraunhofer et de deux universités européennes. Tous sont parvenus à la même conclusion : la cellule testée est une cellule lithium-ion de type NCM à haute teneur en nickel.
Deux éléments de preuve
Deux éléments de preuve électrochimiques sont difficiles à contester. Premièrement, les courbes de tension indiquent que la cellule se situe entre 3,7 et 3,8 V à un état de charge de 50%. C'est exactement la plage de fonctionnement des cellules lithium-ion NCM. Les cellules sodium-ion, que Donut Lab affirmait utiliser, ne dépassent pas 3,5 V à ce stade.
Deuxièmement, la cellule présente un coude caractéristique sur sa courbe d'expansion anodique aux alentours de 50 à 70 % de charge. C'est là la marque distinctive du réarrangement des ions lithium au sein de la structure en couches du graphite.
Les ions sodium sont physiquement trop volumineux pour se glisser entre les couches de graphite. Leur présence rendrait ce coude impossible. Or, la cellule le présente, ce qui constitue une preuve irréfutable qu’il s’agit d’une technologie lithium-ion. Pour être clair : la technologie lithium-ion peut être de type « solide », mais cela n’a jamais été la position de Donut Lab.
En conclusion, la densité énergétique réelle est d'environ 298 Wh/kg. C'est un résultat honorable pour une cellule lithium-ion haute performance, mais ce n'est pas les 400 Wh/kg qui ont permis à $25 de lever 25 millions d'euros auprès de plus de 1 300 investisseurs, pour la plupart des petits épargnants.
Ce sont les petits investisseurs qui en font les frais
C'est là le point le plus délicat de l'histoire : de nombreuses personnes ont investi dans le cadre d'une campagne de financement participatif. Après le CES 2026, lors duquel ces lunettes révolutionnaires ont été dévoilées, la valorisation annoncée de l'entreprise a bondi à 1 250 millions de dollars. Le PDG, Marko Lehtimäki, a écrit aux investisseurs pour leur promettre “ un retour sur investissement potentiel pouvant atteindre 10 fois la mise initiale en seulement 12 à 18 mois ”.”
En réalité, de nombreux laboratoires considèrent les batteries à électrolyte solide comme le Saint Graal, et cette affaire de fraude finlandaise ne devrait pas freiner les développements légitimes en général. Elle risque toutefois d'influencer l'opinion publique et jette sans aucun doute une ombre sur la fiabilité déjà fragile des start-ups spécialisées dans les batteries, sur leurs feuilles de route industrielles et sur leurs promesses technologiques.
Yang Hongxin, président de la société chinoise de batteries de haute technologie SVOLT, s'était déjà montré critique à l'égard de l'annonce faite par Donut Lab au CES. “ Cette batterie n'existe pas ”, a-t-il déclaré. “ Tous les paramètres sont contradictoires. N'importe quel technicien disposant de connaissances de base reconnaîtrait qu'il s'agit d'une arnaque. ”
Il s'avère qu'il avait raison. Ce sont désormais les autorités finlandaises qui décideront de la suite des événements.


