Mazda CX-6e : une technologie chinoise, une âme japonaise, des ambitions européennes

Au Silo’s Brussels, l’ancien complexe brassicole situé au bord du canal de Willebroek, Mazda Motor Belux a réuni la semaine dernière des journalistes, des concessionnaires, des gestionnaires de flottes et d’autres acteurs du secteur à l’occasion de ses « Mazda Experience Days », mettant à l’honneur le CX-6e qui a fait ses débuts mondiaux au Salon de l’automobile de Bruxelles en janvier.

Cet événement était autant une question de stratégie que de carrosserie. La CX-6e fera son entrée dans les concessions belges cet été, devenant ainsi le deuxième modèle électrique à batterie moderne de Mazda après la Mazda 6e.

Il s'agit d'un crossover électrique de 4,85 mètres équipé d'une batterie au lithium-fer-phosphate (LFP) de 78 kWh, d'un moteur arrière de 190 kW (258 ch) et d'un couple de 290 Nm. Mazda annonce une autonomie WLTP pouvant atteindre 484 kilomètres, avec une recharge en courant continu pouvant aller jusqu'à 195 kW, ce qui permet une recharge de 10 à 80 % en 24 minutes.

À partir de 46 290 €

En Belgique, le prix de la version Takumi démarre à 46 290 €, TVA comprise. La version Takumi Plus, à 49 290 €, ajoute des jantes de 21 pouces, des rétroviseurs extérieurs numériques et des sièges arrière chauffants et ventilés, tandis que la version Takumi est équipée de jantes de 19 pouces, d'un toit panoramique, d'un affichage tête haute et de sièges avant chauffants et ventilés. Les deux versions utilisent le même groupe motopropulseur à traction arrière.

L'habitacle minimaliste du CX-6e remplace le tableau de bord classique par un large écran central et un affichage tête haute, ce qui confère au tableau de bord une impression de pureté et d'espace inhabituelle /NMN

La CX-6e n'est pas simplement une Mazda 6e plus haute. Elle dispose d'un empattement de 2 902 mm, d'un espace plus généreux à l'arrière, d'un coffre de 468 litres pouvant atteindre 1 434 litres une fois les sièges rabattus, ainsi que d'un coffre avant de 80 litres.

Mais son véritable intérêt réside ailleurs. À l'instar de la Mazda 6e, elle a été développée en collaboration avec un partenaire chinois, Changan, et est fabriquée en Chine par la coentreprise Changan Mazda, qui existe depuis longtemps.

Japonais ou chinois ?

C'est un sujet sensible pour une marque japonaise axée sur l'ingénierie qui a reporté à 2029 le lancement de sa première architecture dédiée aux véhicules électriques (VE), tout en s'appuyant sur son partenaire chinois, Changan, pour commercialiser rapidement des modèles 100 % électriques.

Tim Bosmans (photo), directeur général de Mazda Motor Belux, venait de rentrer d'une visite de l'usine chinoise. Il a rejoint Mazda en 2013 après avoir occupé divers postes dans le domaine financier chez le fabricant d'ustensiles de cuisine Demeyere, ainsi que chez Schering-Plough et Masterfoods.

Il a fait carrière chez Mazda en occupant divers postes dans les domaines de la finance et de la planification commerciale avant de succéder à Matthias Sileghem au poste de directeur général de Mazda Motor Belux en 2021. M. Sileghem a rejoint Mazda Motor Europe à la même période et occupe désormais le poste de vice-président chargé de la communication et de la stratégie produit.

Développé en collaboration pour l'Europe

Lorsqu'on lui a demandé dans quelle mesure ce SUV électrique était « japonais », Tim Bosmans a répondu que la question était inévitable. Il a précisé que ce véhicule devait être considéré comme ayant été développé conjointement pour le marché européen, plutôt que comme une simple importation arborant le logo Mazda.

Il a été surpris de découvrir à quel point l'usine chinoise de Nanjing était ‘ Mazda ’ et « japonaise ». Le CX-6e est fabriqué dans l'usine de Changan Mazda à Nanjing, un site issu d'une coentreprise à parts égales entre Mazda et Changan, où Mazda produit des véhicules depuis 2007.

L'usine fabriquait auparavant les modèles Mazda3, CX-30, CX-5 et CX-50, destinés principalement au marché chinois. La Mazda 6e, dont la production destinée à l'exportation a débuté sur ce site en 2025, a marqué son premier rôle officiel en tant que fournisseur de l'Europe.

Le CX-6e est le deuxième modèle de ce nouveau programme d'exportation, ainsi qu'une gamme récemment modernisée de l'EZ-60, la version destinée au marché chinois de ce SUV électrique.

Changan apporte l'architecture électrique et la technologie des véhicules intelligents. Mazda précise avoir dirigé une grande partie des travaux de conception et que ses équipes d'ingénieurs européennes ont travaillé sur le châssis, la direction, le freinage, les pneus, la réactivité de l'accélérateur, le calibrage des systèmes d'aide à la conduite et la configuration logicielle adaptée au marché européen.

Une question de survie

Cette distinction revêt une importance particulière sur un marché où Mazda s'est montrée particulièrement prudente en matière de véhicules électriques à batterie (BEV). Dans un entretien précédent accordé à newmobility.news, Martijn ten Brink, PDG de Mazda Motor Europe, a qualifié les Mazda 6e et CX-6e de “ gros investissements ”, ajoutant que l'entrée sur le marché des véhicules électriques était devenue inévitable car “ sinon, nous ne pourrions pas survivre ”.

Pour Martin ten Brink, PDG de Mazda Motor Europe, le Salon de l'automobile de Bruxelles a constitué un terrain ‘ neutre ’ important pour présenter les premières mondiales de Mazda dans le domaine des véhicules électriques /NMN-Mazda

L'Europe revêt donc une importance stratégique plus grande pour Mazda que ne le laissent supposer ses seuls chiffres de vente. Selon les propres chiffres de Mazda, les ventes en Europe s'élèveraient à 164 000 véhicules pour l'exercice fiscal se terminant en mars 2026, et l'objectif est fixé à 197 000 pour l'exercice suivant.

Les modèles CX-6e et Mazda 6e occupent une place centrale dans ce plan de relance ; Mazda indique que la 6e a déjà dépassé les 7 000 ventes en Europe depuis son lancement en septembre dernier.

Pour le Belux, c'est-à-dire la Belgique et le Luxembourg, les enjeux sont plus immédiats. La présentation locale de Mazda a fait état de 4 012 ventes pour l'exercice clos en mars 2026 et d'un objectif de 6 500 pour l'exercice clos en mars 2027, soit une augmentation de 62%.

La part des flottes devrait passer de 17% à 23%, ce qui explique pourquoi le public présent à Bruxelles comprenait, outre le réseau de concessionnaires, des gestionnaires de flottes.

Baisse des ventes due au retrait du CX-5

Le moment est crucial. Les ventes de Mazda en Belgique ont fortement chuté en 2025, alors que le CX-5 sortant arrivait en fin de cycle. Ten Brink avait précédemment souligné que ce modèle représentait à lui seul environ 40% du volume local de Mazda.

Les nouveaux CX-5, Mazda 6e et CX-6e ont pour objectif d'inverser cette tendance à la baisse, mais c'est le SUV électrique qui incarne le mieux cette nouvelle formule : une technologie chinoise pour les véhicules électriques, un design Mazda et un réglage de conduite à l'européenne.

Bruxelles est devenue le théâtre sur lequel Mazda souhaite mettre cette formule à l'épreuve. Ten Brink a qualifié la ville de “ Suisse de l'industrie automobile ”, un cadre neutre pour les premières européennes.

Les « Experience Days » organisés au Silo Brussels ont permis de concrétiser davantage ce symbolisme. Pour Mazda Belux, le CX-6e est bien plus qu’un simple nouveau SUV. Il s’agit d’un test visant à déterminer si une marque japonaise peut s’appuyer sur un partenariat chinois pour regagner du terrain sur le marché européen, qui s’électrifie à un rythme effréné.

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