Cette bouée de sauvetage chinoise doit contribuer à redynamiser la gamme Jeep en Europe

Stellantis mise sur le constructeur chinois Dongfeng pour relancer Jeep en Europe. Outre le feu vert donné à l’importation du modèle américain Recon, la gamme sera complétée en 2028 par un SUV hybride rechargeable fabriqué en Chine. Mais Bruxelles s’apprête déjà à instaurer des droits de douane sur le type même de véhicule issu de ce partenariat.

La gamme européenne de Jeep s'est réduite à seulement deux modèles : l'Avenger, une compacte, et le Compass, un modèle de taille moyenne. Le Wrangler, le Renegade, le Grand Cherokee et le Gladiator ont tous disparu, victimes des réglementations sur le CO₂ qui ont rendu leurs profils d'émissions incompatibles avec la moyenne de la flotte de Stellantis. Les ventes totales en Europe ont chuté de 4,51 TP3T cette année.

Plan de relance

Le plan de relance, dévoilé par Fabio Catone, directeur de Jeep Europe, s’articule autour d’une gamme multipliée par six d’ici 2030, avec notamment le lancement de quatre nouveaux modèles. Stellantis a désigné la marque comme l’un de ses quatre piliers prioritaires à l’échelle mondiale dans le cadre de la stratégie « Fastlane 2030 ». Cette position confère à Jeep une place de choix dans la répartition des investissements.

Mais le nouveau modèle le plus marquant est le SUV du segment D, dont le lancement est prévu en Europe en 2028. Il sera construit dans l'usine DPCA de Wuhan, en Chine, et développé en collaboration avec Dongfeng, le partenaire industriel de Stellantis. 

Un EREV ?

Ce nouveau SUV reposera sur une plateforme conçue à la fois pour les motorisations thermiques et électriques. Il semblerait toutefois que seule une version hybride rechargeable soit prévue pour l'Europe, éventuellement avec un prolongateur d'autonomie.

Fabio Carli, responsable du marketing produit chez Jeep Europe, a déclaré à Reuters : “ Il ne s'agit en aucun cas d'un simple rebadging, mais d'un projet que nous développons en partenariat, dans lequel Stellantis joue un rôle majeur. ”

Ce partenariat s'est concrétisé en mai dernier, lorsque Stellantis et Dongfeng ont annoncé un accord d'une valeur d'environ 1 milliard d'euros, Stellantis y apportant une contribution d'environ 130 millions d'euros.

Dans ce cadre, l'usine de Wuhan produira, à partir de 2027, deux véhicules tout-terrain à énergie nouvelle de la marque Jeep et deux modèles Peugeot, destinés à la fois au marché chinois et à l'exportation internationale.

Reste à voir si la stratégie du « Made in China » portera ses fruits pour Jeep. Les droits de douane supplémentaires imposés par l’UE sur les véhicules électriques à batterie chinois – un taux cumulé de 30,81 TP3T pour Dongfeng – sont en vigueur depuis fin 2024. Les véhicules hybrides rechargeables (PHEV) en sont exclus.

STLA One

Mais cette faille est en train de se refermer. La Commission européenne s'apprête actuellement à instaurer des droits compensateurs sur les hybrides rechargeables chinois, une enquête antisubventions étant déjà en cours. Cela signifie que le SUV de Jeep, fabriqué par Dongfeng, pourrait arriver sur le marché au moment même où la barrière tarifaire sera érigée. On aurait pu rêver d'un meilleur timing.

Même si le renouveau européen de Jeep ne repose pas entièrement sur la Chine, le Recon, un 4x4 100 % électrique doté de portes amovibles, arrivera des États-Unis en 2027.

Entre 2028 et 2030, deux nouveaux SUV compacts basés sur la plateforme STLA One sortiront des usines européennes, proposés en versions hybride pleine et à quatre roues motrices. Ils se positionneront au-dessus de l'Avenger.

Jeep a mis de côté le modèle Wagoneer S pour l'Europe et a écarté les pick-up, comme le petit Scrambler, pour des raisons liées aux émissions. M. Catone précise qu'un futur Wrangler reste une option.

La stratégie est claire : Jeep a besoin d'économies d'échelle pour survivre en Europe, et ces économies d'échelle passent par des plateformes abordables. L'expertise de Dongfeng en matière de production à Wuhan permet de réduire les coûts.

Mais s'appuyer sur un partenaire chinois pour la production de son grand SUV européen n'est pas sans risque. D'ici à ce que ce Jeep arrive chez les concessionnaires, les droits de douane de l'UE sur les véhicules hybrides rechargeables chinois pourraient bien avoir effacé l'avantage en termes de coûts qui avait rendu ce partenariat si attractif au départ.

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