La vague de chaleur du mois de juin a entraîné un taux de surmortalité nettement plus élevé en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre. Les experts mettent en avant une combinaison de facteurs : les conditions géographiques, l’effet d’îlot de chaleur urbain, la vulnérabilité socio-économique, la qualité du logement et, éventuellement, la pollution atmosphérique.
Car, quel que soit l'angle sous lequel on l'aborde, la pauvreté est depuis longtemps associée à un état de santé plus précaire, et ce sont précisément ces groupes vulnérables qui sont les plus durement touchés par la chaleur : celle-ci sollicite excessivement le cœur, tandis que les niveaux élevés d'ozone affectent le système respiratoire.
Répartition régionale des grèves
Entre le 18 juin et le 1er juillet, le nombre de décès en Belgique a dépassé de 1 747 la moyenne des cinq dernières années. Selon l'Institut scientifique et le centre fédéral de recherche Sciensano, il s'agit des chiffres de mortalité les plus élevés enregistrés lors d'une vague de chaleur depuis le début des analyses en 2000.
La répartition régionale est frappante. En termes de surmortalité, le chiffre s'élevait à 31% en Flandre, à 61% à Bruxelles et atteignait même 76% en Wallonie.
« Il est difficile de déterminer avec précision les causes exactes de cette hausse de la mortalité à partir des données actuellement disponibles », indique Sciensano, « mais une combinaison de facteurs se dessine néanmoins ».
Effet d'îlot de chaleur
L'épicentre de la vague de chaleur se situait en France, qui a enregistré son mois de juin le plus chaud jamais observé, avec une température supérieure de 3,8° à la normale. La Wallonie étant plus proche de cet épicentre, elle a également connu des concentrations d'ozone plus élevées.
Aux alentours de Liège, on observe un effet local supplémentaire : le sol rocheux absorbe davantage de chaleur et les vallées sont moins exposées aux courants d'air, ce qui fait que la chaleur et la pollution atmosphérique persistent plus longtemps.
Bruxelles est également particulièrement vulnérable à la chaleur en raison de l’effet d’îlot de chaleur urbain. Les surfaces imperméables telles que l’asphalte et le béton, ainsi que les bâtiments, absorbent la chaleur pendant la journée et la restituent la nuit. Dans les quartiers densément construits, cet effet est amplifié par ce qu’on appelle « l’effet canyon » : les bâtiments qui bordent les rues étroites retiennent la chaleur plus longtemps, limitent la circulation de l’air et empêchent la ville de se rafraîchir suffisamment la nuit. Par conséquent, les quartiers peu verdoyants et peu arborés peuvent atteindre des températures supérieures de plusieurs degrés à celles de leurs environs.
Pendant cette vague de chaleur, la situation a été aggravée par la persistance d'un dôme de chaleur, qui a maintenu les températures nocturnes à des niveaux exceptionnellement élevés. De ce fait, les logements n'ont pratiquement pas eu le temps de se rafraîchir, et les températures dans de nombreux appartements sont restées autour de 35° même la nuit. Les appartements anciens et mal isolés situés dans des quartiers à forte densité de construction sont donc particulièrement vulnérables.
De plus : les locataires à faibles revenus ont rarement les moyens de s'équiper d'une isolation, de rideaux ou de climatisation – et sont rarement propriétaires de leur logement, ce qui signifie qu'ils ne peuvent pas bénéficier des aides à la rénovation.
De plus, la pauvreté est depuis longtemps associée à un état de santé plus précaire, et ce sont précisément ces groupes vulnérables qui sont les plus durement touchés par la chaleur : celle-ci sollicite excessivement le cœur, tandis que les niveaux élevés d'ozone affectent le système respiratoire.

Impact de la LEZ à Bruxelles
En ce qui concerne plus particulièrement Bruxelles, un facteur supplémentaire pourrait venir compléter ce tableau. La qualité de l’air y s’améliore en effet de manière constante depuis dix ans. Grâce à la mise en place de la zone à faibles émissions (LEZ) et au renouvellement du parc automobile, les concentrations de NO₂ sur les artères très fréquentées telles que l'Art-Law/Kunst-Wet ont baissé jusqu'à 46%. En 2024, toutes les stations de surveillance officielles respectaient les normes européennes.
Mais selon l'association de défense de l'urbanisme BRAL, ces progrès est au point mort au cours des deux dernières années. Les mesures effectuées par le BRAL sur 24 sites de surveillance supplémentaires montrent que la concentration en NO₂ n’a pas continué à baisser entre juin 2024 et juin 2025 et qu’elle a même légèrement augmenté, passant de 32,4 à 33,2 µg/m³ – un niveau bien supérieur au seuil de 10 µg/m³ fixé par l’OMS et à la future norme européenne de 20 µg/m³ prévue pour 2030.
BRAL attribue cela au report de la prochaine phase de la LEZ, que le Parlement bruxellois a repoussée de deux ans en octobre 2024. Cette explication est corroborée par la Cour constitutionnelle, qui a définitivement annulé ce report en décembre 2025 et a jugé que le calendrier initial – entre 2018 et 2023 – avait, en réalité, donné des résultats.
Moins d'utilisation de la voiture en ville
Au début de cette année, BRAL a mené une enquête publique dans quatre quartiers bruxellois présentant des niveaux élevés de pollution atmosphérique : Étangs Noirs/Zwarte Vijvers, Porte de Flandre/Vlaamsepoort, Toison d’Or/Guldenvlies et le campus ULB-VUB. Selon les résultats récemment publiés, plus de 80% des 830 habitants interrogés se disaient préoccupés par la qualité de l’air, leur santé et celle de leurs enfants constituant leur principale préoccupation.
Cela s'explique : il s'agit de quartiers densément urbanisés, avec peu d'espaces verts, de nombreuses surfaces pavées et des artères très fréquentées où la circulation de l'air est mauvaise, ce qui entraîne à la fois des concentrations plus élevées de NO₂ et un effet d'îlot de chaleur plus marqué.
En effet, 67% des personnes interrogées déclarent ne pas être suffisamment informées, voire pas du tout, sur la qualité de l'air et ses conséquences. Selon les personnes interrogées, la Région bruxelloise doit faire davantage d’efforts (43,5%). Parmi les mesures les plus importantes figurent la réduction de l’utilisation de la voiture (53%) et une lutte plus rigoureuse contre la pollution industrielle (32%).
BRAL souligne que les particules fines (PM10 et particules plus petites) et le dioxyde d'azote constituent les deux principaux polluants atmosphériques à Bruxelles. Ils ont des effets néfastes sur la santé, notamment des réactions inflammatoires, l'apparition de maladies chroniques et cardiovasculaires, ainsi qu'un risque accru d'accident vasculaire cérébral. Ces polluants proviennent principalement du trafic routier – en particulier des moteurs diesel – et des systèmes de chauffage des bâtiments.
Quoi qu'il en soit, la chaleur, la pollution atmosphérique et la pauvreté à Bruxelles suivent des schémas étonnamment similaires, ce qui rend les habitants les plus vulnérables doublement vulnérables.


