Samedi, en France, des manifestants ont protesté contre la construction du canal Seine-Nord Europe, un élément clé du projet « Seine-Escaut », un vaste projet de voies navigables intérieures visant à relier le fleuve français aux ports belges et néerlandais d'ici 2032.
Les manifestants s'inquiètent tout particulièrement de l'impact sur les cours d'eau et les zones humides, ainsi que de la perte de terres agricoles précieuses ; ils brandissaient des banderoles portant des slogans tels que “ Halte au béton ” et “ L'eau, c'est la vie, pas une source de profit ”.”
24 espaces naturels présentant un intérêt écologique sont concernés
Ce canal, long de 107 kilomètres et large de 54 mètres, qui traverse les départements de l’Oise, de la Somme, Nord et du Pas-de-Calais, est appelé à devenir un maillon essentiel de la liaison Seine-Escaut, un projet soutenu par l’Union européenne visant à promouvoir le transport de marchandises par voies navigables intérieures, accessible aux bateaux d’une capacité de chargement pouvant atteindre 4 500 tonnes métriques.
Ce projet s'étend sur 3 010 hectares et implique le déplacement de 74 millions de mètres cubes de terre, mais selon les manifestants, il affecte également 24 sites naturels présentant un intérêt écologique.
“ C'est un canal qui coûte très cher ”, a expliqué le collectif « Méga Canal Non Merci », en évoquant la hausse des coûts du projet. Initialement, le projet était estimé à 5 milliards d'euros, puis réévalué à 7 milliards, et selon des estimations plus récentes, il dépasse désormais les 10 milliards d'euros.
“ Mais cela nuit également à l’environnement, tant à la faune qu’au cycle de l’eau ”, a déclaré le collectif, l’un des organisateurs de l’événement qui, selon ces derniers, a rassemblé 3 500 participants. La préfecture, qui avait également mobilisé 900 agents des forces de l'ordre, a estimé ce nombre à 2 000.
Les organisateurs remettent également en question la promesse d'un transfert massif du transport routier vers le transport fluvial. Les promoteurs du projet affirment que le canal permet de retirer de la circulation l'équivalent de 500 000 camions chaque année.
Actuellement, plus de 85% du transport de marchandises en France s'effectue par la route, contre seulement 2 à 3% par voie navigable. Le transport fluvial émet 3 à 5 fois moins de CO₂ que le transport routier.

L'une des plus grandes écluses d'Europe
Les manifestants avaient concentré leur action sur l'écluse d'Oisy-le-Verger, un lieu symbolique puisque c'est là qu'a débuté la construction de la future écluse, l'une des plus grandes d'Europe, après 50 ans de débats et de controverses.
Le parcours, long de 107 kilomètres, comptera sept écluses. L'écluse d'Oisy-le-Verger, dont la hauteur de l'ouvrage est de 32 mètres et la hauteur de chute de 25 mètres, est la deuxième plus haute du canal.
Le sas, qui mesure 195 mètres de long sur 12,5 mètres de large, peut accueillir des navires mesurant jusqu'à 185 mètres de long, contre seulement 92 mètres pour les écluses de l'actuel Canal du Nord.
Les travaux, qui nécessiteront 170 000 m³ de béton, devraient se dérouler du printemps 2027 jusqu'à l'ouverture de l'installation, prévue entre 2031 et 2032.


