Mercedes-Benz a lancé la production de sa nouvelle Classe C électrique dans son usine de Kecskemét, en Hongrie, qui a fait l'objet d'une importante extension. Parallèlement, AMG présente la CLA 45 électrique de 500 kW, une interprétation bien plus extrême de cette même transition.
À eux deux, ces modèles illustrent toute l'étendue de la stratégie de Mercedes en matière de véhicules électriques : l'un est une berline grand public conçue pour allier efficacité, autonomie et coûts de production réduits, tandis que l'autre est un modèle phare hautes performances destiné à préserver l'attrait émotionnel de la marque AMG.
Un coût bien inférieur
Le lancement de la production de la Classe C représente donc bien plus que l'arrivée d'un simple modèle à batterie supplémentaire. Il illustre la manière dont Mercedes entend associer une nouvelle génération de voitures électriques à une base de production européenne aux coûts nettement réduits.
L'entreprise a investi environ 1 milliard d'euros à Kecskemét, où elle a construit de nouveaux halls de carrosserie et d'assemblage, un deuxième atelier de presse, un atelier de peinture et une chaîne d'assemblage locale de batteries. La superficie du site de l'usine a plus que doublé, passant de 200 à 440 hectares, et l'usine devrait produire environ 350 000 véhicules par an, avec une capacité potentielle pouvant atteindre 400 000 unités.
Kecskemét deviendrait ainsi la plus grande usine automobile de Mercedes en Europe et l'une des plus importantes de son réseau mondial. La Classe C électrique vient s'ajouter à la Classe A et au GLB électrique, tandis que l'usine se prépare également à accueillir d'autres modèles, notamment le GLC électrique et la future Classe G compacte.
Référence en matière de coûts
Le PDG de Mercedes, Ola Källenius, a qualifié Kecskemét de « référence européenne en matière de coûts de production », affirmant que cette usine prouvait que la qualité exceptionnelle de Mercedes et la rentabilité pouvaient aller de pair. Cette remarque revêt un caractère politiquement sensible en Allemagne, où Mercedes réduit ses coûts et délocalise une part croissante de sa production européenne vers des pays où les coûts sont moins élevés.

Mercedes a déjà indiqué que les coûts liés à l'usine en Hongrie étaient inférieurs d'environ 70% à ceux de l'Allemagne. Cela ne signifie pas pour autant que la production d'une voiture complète coûte 70% moins cher, car les batteries, l'électronique, l'acier et les composants achetés à l'extérieur représentent une grande partie du coût total. Cependant, les salaires, l’énergie, l’immobilier et les frais d’exploitation confèrent à Kecskemét un avantage décisif lors de l’attribution des nouveaux modèles.
L'usine revêt donc une importance presque aussi grande que la voiture elle-même. Mercedes entend doubler la part de sa production européenne implantée dans des pays à faibles coûts, la faisant passer d'environ 15% à 30%, tout en maintenant ses usines allemandes en activité. Kecskemét est l'élément clé de cet exercice d'équilibre.
Cœur de la cuisinière électrique
La Classe C électrique revêt une importance cruciale, car elle place l’un des modèles les plus emblématiques de Mercedes au cœur du marché des véhicules électriques. Plutôt que de miser sur des modèles EQ distincts, comme l’EQE, Mercedes revient à des noms et des silhouettes familiers.
La première C 400 4MATIC associe deux moteurs d'une puissance totale de 360 kW à une capacité utile de batterie d'environ 94,5 kWh. Mercedes annonce une autonomie WLTP pouvant atteindre 762 kilomètres et une puissance de recharge en courant continu de 330 kW, ce qui suffit, dans des conditions idéales, pour regagner environ 320 kilomètres en 10 minutes. Les versions à propulsion arrière, moins puissantes, devraient quant à elles atteindre une autonomie d’environ 800 kilomètres.
Sa concurrente la plus évidente est la nouvelle BMW i3 ’ Neue Klasse », qui intègre elle aussi une marque haut de gamme allemande bien connue à une architecture électrique dédiée de 800 volts. Mais surtout, ce modèle doit générer un volume de ventes significatif dans le segment « Core » de Mercedes, situé entre la gamme compacte CLA et les voitures de luxe plus spacieuses de la marque.
AMG se situe à l'autre extrême

Quelques jours seulement avant le lancement de la production en Hongrie, Mercedes-AMG a dévoilé la CLA 45 4MATIC+ électrique et l’a présentée au Festival of Speed de Goodwood. Bien que plus petite et issue de la gamme de modèles compacts de Mercedes, elle incarne l’autre extrême de cette stratégie : une vitrine technologique conçue pour rendre les performances électriques attrayantes.
Trois moteurs à flux axial, deux à l'arrière et un à l'avant, développent jusqu'à 500 kW (680 chevaux métriques). Mercedes annonce un temps de 3,0 secondes pour passer de 0 à 100 km/h en départ arrêté, ou 2,7 secondes avec un départ lancé sur une distance d'un pied, ainsi qu'une vitesse maximale de 270 km/h avec le pack AMG Dynamic Plus.
Les moteurs arrière peuvent contrôler chaque roue indépendamment pour assurer la vectorisation du couple, tandis que le moteur avant peut se désactiver en cas de charge légère : une batterie de 94 kWh, une architecture de 800 volts et une puissance de recharge de 330 kW complètent l'ensemble. Mercedes annonce provisoirement une autonomie WLTP de plus de 670 kilomètres pour la berline, bien que les chiffres définitifs homologués n'aient pas encore été publiés.
L'AMG simule également les changements de vitesse, le bruit du moteur et les vibrations du siège, en utilisant des enregistrements de l'ancienne CLA 45 à quatre cylindres. Il s'agit d'une tentative visant à apporter à une voiture électrique une partie de cette dimension spectaculaire à laquelle s'attendent les clients traditionnels d'AMG.
Les deux facettes d'une même stratégie
Ces deux lancements vont de pair. La Classe C et Kecskemét incarnent la dimension industrielle de la transition électrique de Mercedes : des modèles familiers, des volumes élevés, une production flexible et des coûts nettement réduits. L'AMG CLA incarne quant à elle la dimension émotionnelle : des performances extrêmes, une technologie de moteur exclusive et un effet d'halo pour le reste de la gamme électrique.
Mercedes reste confrontée à un ralentissement de ses ventes en Chine, à la pression des droits de douane aux États-Unis et à une adoption des véhicules électriques plus lente que prévu dans certaines régions d'Europe. Sa réponse ne consiste plus à développer davantage de modèles EQ, mais à électrifier ses marques phares existantes, à les produire de manière plus efficace et à s'appuyer sur AMG pour démontrer que le résultat reste fidèle à l'esprit Mercedes.


