Brugel, l'autorité de régulation de l'énergie de Bruxelles, a défini le cadre et le calendrier d'une réforme globale des tarifs des réseaux de distribution. Il convient de noter que Bruxelles a opté pour un modèle qui lui est propre et qui diffère de ceux en vigueur en Flandre et en Wallonie.
Alors que la Flandre base sa facturation exclusivement sur votre puissance de pointe (kW), quel que soit le moment où vous la consommez, la Wallonie utilise un système facultatif de tranches horaires, et Bruxelles a choisi de mettre en place un tarif différencié en trois tranches horaires.
La transition se déroulera en deux phases : une augmentation de la redevance de capacité en 2028, suivie de la mise en place du tarif différencié en trois tranches en fonction de l'heure de consommation en 2030.
Quiconque conduit une voiture électrique ou utilise un chauffage électrique devra de toute façon adapter ses habitudes.
La composante « capacité » aura plus de poids dans le projet de loi
La réforme des tarifs de réseau – la partie de la facture d'électricité qui couvre les coûts de gestion et d'entretien du réseau électrique – sera mise en œuvre par étapes, précisément pour laisser aux consommateurs le temps de s'adapter.
À compter de janvier 2028, la composante « capacité » sera majorée en fonction de la puissance disponible exprimée en kilovoltampères (kVA). En d’autres termes, à partir de cette date, vous ne paierez plus en fonction de votre consommation de pointe réelle – comme c’est le cas en Flandre –, mais en fonction de la capacité de la ligne que le gestionnaire de réseau doit vous réserver.
La plupart des appartements et des maisons à Bruxelles disposent d'un raccordement standard d'environ 9,2 kVA. C'est largement suffisant pour une famille type : une famille moyenne dépasse rarement 4 à 5 kW aux heures de pointe (dans la pratique, 1 kVA équivaut presque à 1 kW). Pour un tel raccordement standard (jusqu’à 13 kVA), vous payez un tarif de base fixe et peu élevé d’environ 47 € par an au titre des frais de capacité.
À partir de 2028, cependant, le prix par kVA qui vous est réservé aura un impact plus important sur votre facture. Par exemple, si vous disposez d’un raccordement de forte puissance (22 kVA) – peut-être parce que vous possédez une borne de recharge très rapide ou une pompe à chaleur de grande puissance –, vous finirez par payer nettement plus cher qu’une personne disposant d’un raccordement modeste de 9,2 kVA, même si vous utilisez rarement cette pleine puissance.
Les abonnés disposant d'un raccordement plus important paient actuellement 94,48 €. Toutefois, à partir de 2028, ce système sera remanié pour passer à un montant fixe par kVA (calculé par tranches de 1 kVA, avec un minimum possible de 2,3 kVA).
Pour les propriétaires de véhicules électriques, cela signifie qu'ils auraient tout intérêt à opter pour une borne de recharge intelligente dotée d'un système de répartition dynamique de la charge sur une prise standard, plutôt que de passer à une prise de 11 kW ou 22 kW.

3 fuseaux horaires au lieu de 2
À compter du 1er janvier 2030, la deuxième phase de la réforme tarifaire du réseau de distribution entrera en vigueur, mettant fin au tarif traditionnel jour/nuit applicable aux coûts de distribution.
Actuellement, deux tarifs d'électricité s'appliquent à Bruxelles : un tarif de jour – dit « tarif heures de pointe », en vigueur de 7 h à 19 h – et un tarif de nuit, plus avantageux, en vigueur de 19 h à 7 h. Le tarif de nuit s'applique également tout au long du week-end.
Il y aura plutôt trois tranches horaires consécutives qui s'appliqueront tous les jours, y compris les week-ends et les jours fériés : de 7 h à 17 h, c'est la journée (tarif standard) ; de 17 h à 22 h, c'est l'heure de pointe du soir (le réseau fonctionne à pleine capacité ; ce sera la période la plus chère), et enfin, la troisième tranche, de 22 h à 7 h, correspond à la période nocturne (tarif hors pointe ou de délestage).
Cette mesure vise à réduire la quantité d’électricité consommée simultanément par les Bruxellois. “ Comme les gens rechargent leurs voitures après le travail, entre autres, et que de plus en plus de personnes utilisent le chauffage électrique, les Bruxellois ont besoin de plus d’électricité ”, explique Brugel. “ La demande est donc plus importante, c’est pourquoi nous devons mieux la répartir. ”
Toutefois, recharger son véhicule pendant les heures ensoleillées de la journée peut tout de même s’avérer financièrement avantageux grâce à un contrat d’énergie dynamique proposé par un fournisseur d’énergie, mais cela n’a rien à voir avec les tarifs du réseau fixés par le gestionnaire de réseau de distribution Sibelga.
Les compteurs intelligents sont la clé
Il convient toutefois de noter que, conformément à la réglementation actuelle en matière de protection de la vie privée, le nouveau système tarifaire horaire à trois niveaux, dont l'entrée en vigueur est prévue en 2030, ne s'appliquera pas automatiquement à tout le monde. Seuls les foyers équipés d'un compteur intelligent à lecture à distance et ayant explicitement consenti à partager leurs données par quart d'heure seront concernés par ce système.
Les foyers équipés d'un compteur analogique traditionnel ou ceux qui refusent de participer au partage de données continueront à bénéficier d'un forfait ou d'un tarif traditionnel. En revanche, la nouvelle redevance de capacité qui doit entrer en vigueur en 2028 s'appliquera à tous, même si les règles relatives au partage de données pourraient encore évoluer d'ici 2030.
À première vue, on pourrait trouver injuste qu’une personne équipée d’un ancien compteur analogique “ s’en tire à bon compte ” face à ces nouveaux fuseaux horaires prévus pour 2030, mais celles qui ne disposent pas d’un compteur intelligent passent également à côté de plusieurs avantages.
Avec un compteur analogique, par exemple, vous ne pouvez jamais gérer votre consommation d'énergie de manière intelligente pour profiter des heures les moins chères pour recharger votre véhicule électrique ou faire fonctionner votre pompe à chaleur.
Vous ne pouvez pas non plus souscrire à un contrat dynamique vous permettant d’acheter de l’électricité aux prix actuels du marché, qui peuvent parfois être négatifs lorsque le vent souffle fort ou que le soleil brille de mille feux. Et si vous disposez de panneaux solaires et d'un compteur analogique, vous ne pouvez pas revendre votre surplus d'électricité à votre fournisseur d'électricité, ni le partager avec, par exemple, vos voisins ou votre famille.
Quoi qu’il en soit, d’ici fin 2030, la quasi-totalité des compteurs analogiques de Bruxelles devront être remplacés par des compteurs intelligents. Par ailleurs, Sibelga a déjà expressément demandé aux décideurs politiques de modifier la législation bruxelloise afin que la transmission de données de comptage anonymisées ou spécifiques à des fins de gestion du réseau soit autorisée par défaut, précisément pour éviter que le système ne devienne inopérant ou inéquitable.
Et quel est l'impact concret pour les conducteurs de véhicules électriques ?
Ceux qui ne possèdent ni pompe à chaleur, ni véhicule électrique, ni batterie domestique ne remarqueront pratiquement pas cette réforme. En revanche, pour les conducteurs de véhicules électriques disposant de leur propre borne de recharge, les choses vont devoir changer.
Un véhicule électrique parcourant 15 000 km par an consomme environ 2 500 kWh. Cela double rapidement la consommation d'électricité d'un foyer bruxellois. Si l'on se base sur les tarifs actuels du réseau – avec un tarif de jour d'environ 5,72 ct/kWh contre un tarif de nuit d'environ 3,43 ct/kWh –, recharger systématiquement son véhicule électrique la nuit permet de réaliser une économie d'environ 46 à 57 € par an sur la facture d'électricité.
Même s'il ne s'agit pas là de prévisions précises pour 2030, ces chiffres montrent que, dans la pratique, les incitations financières se chiffreront en dizaines d'euros plutôt qu'en centaines.
Les avantages de la gestion intelligente peuvent être encore plus importants si les fournisseurs d'énergie adaptent également leurs tarifs en conséquence. Par exemple, la recharge pendant les heures ensoleillées de la journée peut rester financièrement intéressante dans le cadre d'un contrat d'énergie dynamique.
Pour ceux qui utilisent les bornes de recharge publiques, l'impact est indirect. Sibelga facture à l'exploitant de la borne de recharge les tarifs du réseau. C'est à cet exploitant qu'il revient de décider s'il souhaite répercuter ces tranches horaires sur l'utilisateur final, par exemple en proposant des tarifs nocturnes plus avantageux.
Par ailleurs, la réforme actuelle ne s'applique qu'aux raccordements à basse tension (jusqu'à 56 kVA). Les stations de recharge rapide de plus grande capacité sont soumises à d'autres réglementations qui font encore l'objet d'un examen.
Les tarifs exacts ne seront pas non plus fixés avant la réalisation de deux études d'impact approfondies menées par Brugel : la première en 2027 (pour le tarif de capacité) et la seconde en 2029 (pour les tarifs horaires).
Remarque : pour un ménage bruxellois moyen, dont la consommation médiane est de 1 702 kWh et la consommation moyenne de 2 104 kWh par an, les coûts annuels liés au réseau s'élèvent actuellement à environ 217 € et 254 €. La réforme n'affecte donc qu'une part relativement faible de la facture énergétique totale.


