Anvers est une plaque tournante du marché du diesel, mais les automobilistes belges continuent de payer le prix mondial en forte hausse

La Belgique abrite certes Anvers, l'une des plus grandes plaques tournantes européennes en matière de raffinage et de négoce de diesel, mais cela ne permet pas pour autant aux automobilistes belges de bénéficier d'un carburant moins cher. Le diesel produit à Anvers est commercialisé aux prix internationaux en vigueur dans le nord-ouest de l'Europe, qui sont déterminés par l'offre mondiale, la disponibilité des raffineries, les coûts de transport et les tensions géopolitiques.

Ce marché mondial envoie désormais des signaux d'alerte. Selon Goldman Sachs, c'est le diesel, et non le pétrole brut, qui est désormais au cœur de la crise énergétique actuelle. Le monde dispose peut-être de suffisamment de pétrole brut, mais les arrêts de raffineries en Russie et au Moyen-Orient ont réduit la capacité à le transformer en diesel, en kérosène et en autres carburants.

Cela explique en partie pourquoi le prix maximal du gazole en Belgique reste exceptionnellement élevé. Il baisse de 7,8 centimes d'euro pour s'établir à 2,211 € le litre, mais le gazole restera tout de même plus cher que l'essence, une situation inhabituelle d'un point de vue historique.

La Belgique se trouve donc dans une situation paradoxale : bien qu'elle soit un important producteur et pays de transit pour le gazole, les automobilistes belges restent entièrement exposés au prix du marché mondial.

Tant que les tensions autour de l'Iran et du détroit d'Ormuz persisteront et que les capacités internationales de raffinage resteront limitées, Goldman Sachs prévient que des chocs temporaires sur l'offre pourraient continuer à entraîner de fortes fluctuations des prix.

Les exportations de gazole ont baissé d'environ 35%

Selon un rapport récent de la banque d'investissement et société de services financiers américaine Goldman Sachs, les interruptions d'activité des raffineries liées au conflit, tant au Moyen-Orient qu'en Russie (en raison de l'interdiction d'exportation et des attaques ukrainiennes), ont entraîné un effondrement de l'approvisionnement mondial en carburant. Dans le même temps, l'augmentation de la production en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Afrique n'a compensé qu'environ un tiers de ce déficit.

En conséquence, le volume de traitement mondial des raffineries a été inférieur d'environ 6,5 millions de barils par jour à celui de l'année précédente, en partie en raison de la baisse des taux de raffinage en Chine. En ce qui concerne plus particulièrement le diesel, les exportations mondiales ont reculé d'environ 35% en juillet, soit 2,6 millions de barils par jour.

Une crise se profile à l'horizon

L'Europe consommant plus de gazole qu'elle n'en produit elle-même, elle est structurellement dépendante des importations, et une crise (des prix) se profile donc à l'horizon, compte tenu notamment de son déficit structurel en gazole.

Le prix du gazole à la pompe a déjà connu une forte hausse, atteignant un niveau record de 2,289 € le litre en mars dernier. Après quelques fluctuations, il a de nouveau augmenté fin juillet, en partie parce que, bien que l'OPEP+ augmente ses quotas de production officiels, la production réelle reste bien en deçà des objectifs en raison des perturbations des exportations en provenance de la région du Golfe.

Et cela a bien sûr des conséquences pour les propriétaires de voitures diesel et le secteur des transports : la transition vers les camions électriques se fait plus lentement que pour les voitures particulières. Goldman Sachs s'attend par ailleurs à ce que le marché du diesel se contracte progressivement, même si des chocs d'approvisionnement temporaires pourraient encore entraîner d'importantes fluctuations de prix.

Pression structurelle sur la demande de diesel

En raison notamment de l'essor des véhicules électriques et d'une utilisation plus efficace de l'énergie, en particulier en Europe et en Chine, où la transition vers des énergies alternatives s'accélère, la banque prévoit une baisse progressive de la demande de pétrole, ce qui exercera par conséquent une pression structurelle sur la demande de diesel également.

Les raffineries, qui distillent le diesel à partir du pétrole brut, peuvent en effet réorienter une plus grande partie de leur production vers le diesel lorsque les marges sont intéressantes, comme c'est le cas actuellement. Cependant, elles ne peuvent pas réorienter indéfiniment leur production de l'essence vers le diesel, car le processus de raffinage présente des limites physiques et économiques.

En revanche, une augmentation de la production de gazole dans les raffineries américaines pourrait se faire au détriment de la production d'essence, qui constitue traditionnellement un marché très important aux États-Unis.

Une raffinerie ExxonMobil à Anvers

Anvers, plaque tournante du diesel, mais…

Damien Ernst, professeur à l'Université de Liège (ULiège), ne voit lui non plus guère de raisons d'être optimiste à court terme. “ Il faut s'attendre à ce que les prix du diesel continuent d'augmenter dans les semaines à venir ”, déclare-t-il dans le journal La Dernière Heure. “ Si la situation en Russie et au Moyen-Orient ne s'améliore pas, les prix à la pompe vont encore augmenter. ”

Il n'y a pas lieu de s'inquiéter d'une éventuelle pénurie pour le moment. L'ANWB, qui surveille l'approvisionnement en carburant dans les stations-service à travers l'Europe, confirme qu'il n'y a actuellement aucune pénurie de carburant dans les stations-service aux Pays-Bas et en Belgique.

À l'instar d'autres pays de l'Union européenne, la Belgique maintient des réserves obligatoires de pétrole équivalentes à au moins 90 jours d'importations nettes ou à 61 jours de consommation nationale, conformément à la réglementation européenne.

Par ailleurs, Anvers est reconnue comme une plaque tournante européenne majeure pour le diesel. Les raffineries d'Anvers, notamment celles exploitées par ExxonMobil et TotalEnergies, produisent des volumes importants de diesel destinés tant au marché belge qu'au marché européen ; une grande partie du diesel transitant par le port est en effet destinée à d'autres pays européens.

Cela n'empêche toutefois pas les automobilistes belges de subir une hausse des prix. Le diesel produit à Anvers n'est pas vendu à un prix de revient spécifique à la Belgique. Il est commercialisé au prix international du diesel en Europe du Nord-Ouest, tout comme le prix maximal à la pompe en Belgique est fixé en fonction des cotations internationales du diesel, des coûts de transport et des biocarburants, des taxes et des marges de distribution réglementées.

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