Wayve, une start-up britannique spécialisée dans l'intelligence artificielle et la conduite autonome, partenaire de la plateforme Uber, s'est vu octroyer des licences de véhicules de transport privé par Transport for London (TfL). Il s'agit d'une étape importante vers le lancement de trajets autonomes sur la plateforme Uber dans la capitale britannique.
Ces autorisations concernent plusieurs véhicules autonomes et 100 % électriques de Wayve, des Ford Mustang Mach-E équipées du système Wayve AI Driver, de six caméras panoramiques et d’un radar. Cette autorisation intervient à un moment où plusieurs entreprises mondiales spécialisées dans les robotaxis tentent de s’implanter dans la ville.
Le conducteur est toujours à bord
Uber détenait déjà une licence d’opérateur de transport privé délivrée par TfL, et les conducteurs de sécurité de Wayve étaient également titulaires de permis de conduire ’ PVH ‘ distincts ; toutefois, avec l’octroi de ces licences de minicab, le ’ triple verrouillage » requis est désormais en place, ce qui permet aux entreprises de proposer des courses de transport privé à Londres.
Il convient toutefois de faire une précision importante. Bien que l'autorité compétente en matière d'immatriculation, TfL, confirme que ces véhicules sont immatriculés en tant que véhicules de transport privé (PHV), ils ne sont pas immatriculés en tant que ‘ véhicules automatisés ’.’
Cette autorisation permet d'effectuer des trajets avec des passagers sous la supervision d'un chauffeur de VPC titulaire d'une licence, mais n'autorise pas les services entièrement autonomes. Chaque trajet devra toujours compter à son bord un chauffeur de VPC formé et titulaire d'une licence délivrée par TfL, chargé de superviser le trajet, d'apporter son aide en cas de besoin et d'intervenir si nécessaire.
En attendant la délivrance de la licence – chaque licence PVH est valable un an –, les utilisateurs intéressés pouvaient déjà s'inscrire sur la liste d'attente d'Uber. Plus de 100 000 Londoniens se sont inscrits sur cette liste au cours des huit dernières semaines. Des courses leur seront proposées dès cet été, avant un lancement à plus grande échelle auprès du grand public.
Uber et Wayve devront obtenir des autorisations distinctes de la part de l'Agence des normes relatives aux conducteurs et aux véhicules (DVSA) pour exploiter des véhicules sans conducteur.

Approche basée sur l'IA
Fondée en 2017, Wayve teste sa technologie de conduite autonome dans les rues de Londres depuis 2018 et affirme que son système a démontré sa capacité d'adaptation dans plus de 500 villes à travers le monde.
Contrairement à d'autres systèmes de conduite autonome qui s'appuient sur des cartes haute définition ou des zones géographiques fixes, l'approche de Wayve repose sur une intelligence artificielle qui apprend de l'expérience pour s'adapter à de nouveaux environnements, sans recourir à un seul capteur LiDAR ni à une carte routière préétablie.
Londres sera la première ville au monde à utiliser cette technologie pour des trajets commerciaux. Wayve collabore également avec des constructeurs automobiles tels que Nissan et Stellantis afin de déployer ses systèmes dans des véhicules particuliers.
Marché concurrentiel
Cette autorisation intervient alors que plusieurs entreprises de robotaxis tentent de s'implanter à Londres. Le principal concurrent de Wayve est Waymo. Cette filiale d'Alphabet/Google dispose d'une avance considérable sur ses principaux concurrents.
Depuis mars, Waymo mène des essais avec une flotte d’environ 100 Jaguar I-Pace entièrement électriques, équipées du système de conduite autonome de Waymo – une suite de capteurs propriétaire composée de 29 caméras, 6 radars et 5 lidars – avec un opérateur de sécurité humain au volant. L'entreprise vise un lancement commercial entièrement sans conducteur au quatrième trimestre 2026, en partenariat avec l'opérateur de flottes Moove.
Ce qui est frappant, c'est qu'Uber et Waymo collaborent déjà aux États-Unis. Il est possible de réserver des véhicules Waymo via l'application Uber à Phoenix, Austin et Atlanta. Mais à Londres, ces deux entreprises deviendront des concurrents directs.
Et il va sans dire que la Chine se lance également dans la course. En juillet, Baidu a commencé à tester des véhicules autonomes à Londres dans le cadre de son partenariat avec Lyft et FreeNow – l’application allemande de taxi et de mobilité rachetée par Lyft l’année dernière. Il s'agit des robotaxis Apollo Go RT6 spécialement conçus par Baidu, qui seront à terme disponibles via FreeNow. Leurs premiers robotaxis devraient transporter des passagers à Londres d'ici 2027.
Bolt a également annoncé son intention de proposer des véhicules autonomes à Londres, mais les détails concrets à ce sujet sont encore rares.

Londres, lieu incontournable
Si Londres est un véritable pôle d’attraction pour les robotaxis – bien que Zagreb ait lancé en avril ce qu’elle a décrit comme le premier service commercial de robotaxis en Europe – tient au fait que la loi de 2024 sur les véhicules automatisés a établi le cadre juridique, en créant une nouvelle catégorie d“” entité autorisée à la conduite autonome » qui assume la responsabilité juridique lorsque le véhicule prend le contrôle du volant.
Le ministère des Transports a ensuite avancé à au printemps 2026 la mise en place du cadre réglementaire relatif aux services automatisés de transport de passagers, permettant ainsi la mise en œuvre de projets pilotes portant sur des services de taxis et de bus entièrement sans conducteur.
TfL souligne que la sécurité est la “ priorité absolue ” et que chaque nouveau véhicule autorisé à transporter des passagers à Londres doit contribuer à l'objectif visant à éliminer tous les accidents mortels et les blessures graves sur les routes londoniennes d'ici 2041.
L'autorisation d'exploitation reste un obstacle au sein de l'UE
De manière générale, l'Europe dispose de règles techniques d'homologation européenne pour les véhicules de niveau 4, tels que les robotaxis et les navettes autonomes. Le principal obstacle réside toutefois dans l'obtention des autorisations d'exploitation. L'octroi des licences de taxi, le code de la route, l'assurance, la responsabilité en cas d'infraction, la supervision à distance, les procédures policières et les enquêtes sur les accidents restent en grande partie des compétences nationales ou locales.
Mais la Commission tente désormais de mettre fin à cette fragmentation : 18 pays, dont la Belgique, ont signé en juin un accord visant à élaborer des principes communs en matière d'autorisation et à mettre en place de vastes bancs d'essai transfrontaliers pour les véhicules autonomes.
Le Conseil européen de la sécurité des transports a toutefois averti que les annonces commerciales progressaient plus vite que la capacité de l'Europe à enquêter sur les accidents impliquant des véhicules autonomes et à comparer leurs performances en matière de sécurité de manière transparente.
Et en Belgique ?
En ce qui concerne plus particulièrement la Belgique, le pays est en avance en matière d’expérimentation, mais en retard sur le plan de la législation commerciale. La feuille de route du gouvernement flamand relative aux transports autonomes indique explicitement que la législation belge actuelle n’autorise pas encore le déploiement commercial des transports autonomes. Des essais sont possibles grâce à des autorisations et à un code de bonnes pratiques fédéral, mais cela ne revient pas à autoriser un service de type Uber à but lucratif.
La Belgique dispose déjà d'un système de démonstration publique à grande échelle. À Louvain, par exemple, deux navettes autonomes WeRide assurent depuis janvier le transport de passagers entre la gare de Louvain et Heverlee. Elles circulent de manière autonome sur un circuit fixe, et les passagers utilisent des titres de transport De Lijn classiques.
Il s'agit toutefois d'un projet pilote de transport public structuré, sur un itinéraire prédéfini, et non d'un robotaxi à la demande capable de choisir des destinations au choix.
En juillet, la société Aidoptation, basée à Saint-Trond, a obtenu l'autorisation de mener des essais avec des véhicules entièrement autonomes sur autoroute. Un mois plus tôt, la ministre flamande de la Mobilité, Annick De Ridder (N-VA), avait déjà autorisé la circulation des Tesla autonomes sur la voie publique.
Il s'agit du système FSD, qui permet à la voiture de se diriger toute seule, de rester dans sa voie et de changer de voie. Le conducteur doit être en mesure d'intervenir à tout moment et en assumer la responsabilité.



