Mitsubishi transforme une usine de moteurs en site de production de robots humanoïdes

Mitsubishi Motors s'apprête à se lancer dans la course aux robots humanoïdes avec une ambition hors du commun. En collaboration avec Highlanders, une entreprise issue de l'Université de Tokyo, le constructeur automobile japonais prévoit de développer et de produire en série des robots humanoïdes dans son usine de Kyoto. La production devrait démarrer début 2027 et la capacité de production pourrait à terme atteindre 1 000 unités par mois.

Ce projet va bien au-delà de simples essais d'humanoïdes sur une chaîne de montage automobile. Mitsubishi Motors entend devenir lui-même un constructeur, en associant l'expertise de Highlanders en robotique et en intelligence artificielle à sa propre expérience en matière de production à grande échelle, de contrôle qualité, d'ingénierie de la durabilité et d'exploitation industrielle.

Devenir salariés de Mitsubishi

Les premiers robots rejoindront également les rangs des employés de Mitsubishi. Les partenaires prévoient de déployer des robots humanoïdes dans les usines de Mitsubishi, où ils pourront effectuer des tâches qui restent difficiles à automatiser et générer des données concrètes afin d'améliorer leur intelligence artificielle.

Le PDG Takao Kato a cité comme première application potentielle l'assemblage de moteurs à Kyoto, où les postes de travail compacts impliquent encore des tâches manuelles telles que la mise en place des pièces.

Le robot au cœur du projet est le N, un humanoïde de quatrième génération développé par Highlanders. Il mesure environ 1,75 mètre, pèse environ 75 kg et est équipé de mains à cinq doigts, de caméras, de microphones et d'un système informatique intégré.

Ses proportions humaines sont le fruit d'un choix délibéré. Plutôt que de repenser les usines en fonction des robots, Highlanders souhaite que N utilise des postes de travail, des outils et des équipements initialement conçus pour les humains.

Les robots classiques restent plus performants pour les tâches répétitives, comme souder mille fois le même joint de carrosserie. Les robots humanoïdes deviennent intéressants lorsque les tâches changent fréquemment, que les objets sont de forme irrégulière ou que les usines ne peuvent pas être réaménagées de manière rentable pour s'adapter à une automatisation spécialisée.

Ce n'est pas le robot géant de Mitsubishi

Il convient de faire une distinction importante. Mitsubishi Motors ne figure pas parmi les principaux fabricants mondiaux de robots de soudage automobile.

Le nom « Mitsubishi » est bien établi dans le domaine de l'automatisation industrielle, mais cette activité relève principalement de Mitsubishi Electric, une société distincte au sein du groupe Mitsubishi au sens large.

Mitsubishi Electric commercialise des robots industriels MELFA, ainsi que des automates programmables, des servomoteurs, des variateurs, des commandes numériques et des logiciels d'usine.

Sa gamme de robots articulés s'étend jusqu'au modèle RV-80FR, qui offre une charge utile de 80 kg. L'entreprise est un fournisseur majeur de solutions d'automatisation pour l'industrie automobile, mais elle n'occupe pas la même position que Fanuc, ABB, Yaskawa ou Kuka dans le domaine de la robotique pour les ateliers de carrosserie lourde.

Le robot de soudage par points R-2000 de Fanuc, par exemple, a une capacité de charge d'environ 210 kg, tandis que les grands robots automobiles d'ABB ont une capacité de charge comprise entre 150 et 310 kg environ.

La documentation automobile de Mitsubishi Electric illustre bien cette différence. Ses solutions de soudage comprennent la surveillance des équipements de production et vont jusqu’à permettre la connexion des contrôleurs de robots Fanuc aux automates programmables (PLC) de Mitsubishi.

La technologie Mitsubishi peut donc être intégrée à une chaîne de production automatisée sans que le bras de soudage lui-même ne porte le logo Mitsubishi.

Pour Mitsubishi Motors, Highlanders marque donc une véritable percée dans la fabrication de robots, et non pas simplement une nouvelle variante d'une activité existante dans ce domaine.

La Chine avance déjà plus vite

Une capacité de production de 1 000 humanoïdes par mois équivaudrait à 12 000 par an, ce qui placerait Mitsubishi et Highlanders parmi les plus grands fabricants si cet objectif était atteint. Mais le marché évolue à un rythme extrêmement rapide.

La société chinoise AgiBot a déclaré que son 15 000e robot doté d’une IA incarnée était déjà sorti de la chaîne de production en juin. Aux États-Unis, Figure 02 indique avoir accumulé plus de 1 250 heures de travail à l'usine BMW de Spartanburg et avoir contribué à la production de plus de 30 000 X3S.

Boston Dynamics, filiale de Hyundai, a quant à elle lancé la version de série d'Atlas, dont le déploiement est prévu chez Hyundai et Google DeepMind en 2026.

Le Japon se trouve dans une situation inhabituelle. Ce pays, qui a donné au monde l'ASIMO de Honda et qui dispose d'une expertise considérable en robotique industrielle, s'est jusqu'à présent montré moins présent que la Chine et les États-Unis dans la course à la commercialisation des humanoïdes.

Mitsubishi et Highlanders souhaitent combler cet écart en associant le développement de robots à un domaine que les constructeurs automobiles maîtrisent parfaitement : la production en série de machines complexes avec une qualité constante.

La question de savoir si le modèle N est capable d'assurer un fonctionnement en usine suffisamment fiable pour justifier une production de 12 000 unités par an reste sans réponse. Aucun prix de production n'a été annoncé, et le chiffre mensuel de 1 000 unités correspond à un objectif de capacité, et non à un carnet de commandes.

C'est peut-être justement pour cela que l'implication de Mitsubishi revêt une telle importance. Highlanders y gagne bien plus qu'un simple investisseur ou client-test.

Elle se dote ainsi d'une usine, d'ingénieurs de production et d'un véritable environnement de production automobile dans lequel ses robots peuvent apprendre. Si ce projet aboutit, une ancienne usine de moteurs située à Kyoto pourrait devenir l'une des premières usines à grande échelle du Japon destinées aux travailleurs appelés à combler les lacunes laissées par la diminution de la main-d'œuvre.

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