Après avoir investi pendant plus d'une décennie dans ses bornes de recharge caractérisées par leur toit jaune, Fastned affirme que cet investissement commence enfin à porter ses fruits. Le réseau actuel de l'entreprise néerlandaise génère des revenus nettement plus importants, alors même qu'elle poursuit la construction de nouvelles bornes à travers l'Europe. La Belgique est en passe de devenir l'un de ses principaux marchés d'expansion.
Le chiffre d'affaires de Fastned lié à la recharge a augmenté de 40% pour atteindre 75,1 millions d'euros au premier semestre 2026. Plus important encore, le bénéfice généré par l'exploitation du réseau de recharge a plus que doublé, passant de 17,9 millions d'euros à 37,4 millions d'euros.

Fastned table désormais sur une marge opérationnelle d'environ 45% pour l'ensemble de l'exercice, contre une prévision antérieure comprise entre 35 et 40%.
Cela ressemble à une série de ratios financiers, mais le message sous-jacent est relativement simple. Fastned arrive à un stade où les stations déjà construites et financées contribuent de plus en plus à financer la prochaine génération d'installations.
À partir de quand commence-t-on à rentabiliser son investissement ?
Michiel Langezaal, PDG et cofondateur, explique que c'est précisément la question que les investisseurs posent à Fastned depuis des années : quand tous les investissements consacrés aux bornes et au développement de l'entreprise commenceront-ils à porter leurs fruits ?
Selon M. Langezaal, la réponse est « maintenant ». Le chiffre d'affaires ne cesse de croître tandis que la hausse des coûts ralentit. C'est particulièrement important pour une entreprise de recharge, car la construction d'une station nécessite un investissement initial considérable, tandis que sa rentabilité s'améliore à mesure que davantage de voitures électriques circulent et que davantage de conducteurs utilisent les bornes de recharge.
Fastned a ouvert 28 nouvelles stations au cours des six premiers mois de l'année, portant ainsi son réseau à 434 sites répartis dans neuf pays européens à la fin du mois de juin. 60 sites supplémentaires ont été ajoutés à son programme de développement.
L'entreprise n'est toutefois pas encore rentable au sens classique du terme. Fastned a tout de même enregistré une perte nette de 13 millions d'euros au premier semestre, même si celle-ci est nettement inférieure à la perte de 18,3 millions d'euros enregistrée un an plus tôt. Son expansion reste coûteuse.
Cette distinction est importante. Fastned ne réalise pas du jour au lendemain des bénéfices colossaux, mais ses bornes de recharge déjà en place génèrent des rendements de plus en plus satisfaisants, tandis que l'entreprise investit délibérément dans l'ouverture de nouvelles bornes.
La Belgique devient le prochain marché en pleine croissance
Pour les conducteurs de véhicules électriques belges et néerlandais, l'évolution géographique qui se cache derrière ces chiffres est peut-être plus intéressante que les résultats financiers eux-mêmes.
Fastned a vu le jour aux Pays-Bas, où l'entreprise comptait encore 184 stations à la fin de l'année 2025. Mais pour la première fois, le nombre de sites Fastned situés hors de son pays d'origine est désormais supérieur à celui de ses sites nationaux. La Belgique a franchi le cap des 50 stations Fastned l'année dernière et comptait 52 stations à la fin de l'année 2025.
La Belgique fait également partie des pays dans lesquels l'entreprise a l'intention d'investir des sommes supplémentaires substantielles. Fastned a obtenu en début d'année une ligne de crédit verte pouvant atteindre 200 millions d'euros auprès d'ABN AMRO, du Crédit Agricole, d'ING, d'Invest-NL et de Rabobank. Les 100 premiers millions d'euros sont spécifiquement destinés à la mise en place de nouvelles stations en Belgique et en Suisse au cours des trois prochaines années.
Le réseau belge ne se limite plus à un simple ensemble de bornes de recharge le long des autoroutes. Les deux sites de Fastned à Gentbrugge, inaugurés en 2025, constituent ses plus grandes stations à ce jour et combinent des bornes de recharge pour voitures et camions avec un restaurant, une boutique, des toilettes et des douches.
En d'autres termes, ce modèle se rapproche peu à peu de la station-service traditionnelle, à la différence près que c'est l'électricité, et non l'essence, qui en constitue le produit phare.
Des projets ambitieux pour le Royaume-Uni
Les ambitions de croissance de Fastned s'étendent bien au-delà du Benelux. En juin, l'entreprise a inauguré son premier pôle de recharge à Londres, à Hatton Cross, près de l'aéroport d'Heathrow. Il s'agit du premier des 25 sites prévus en collaboration avec « Places for London », la branche immobilière de Transport for London.

Un site phare de 36 bornes est déjà en cours de développement à Hanger Lane. Pour l’instant, cependant, le Benelux reste le cœur commercial de Fastned : fin 2025, les Pays-Bas et la Belgique comptaient à eux deux 236 de ses 406 stations. Le défi consiste désormais à reproduire la rentabilité de ces marchés matures dans les villes et les pays où le réseau est encore en cours de déploiement.
Pas seulement la vente d'électricité
Ces marges s'expliquent par un facteur important. Aux Pays-Bas, Fastned obtient des crédits carbone négociables, appelés « ERE », pour l'électricité fournie aux véhicules électriques. Les fournisseurs de carburant peuvent acheter ces crédits afin de respecter les objectifs d'émissions liés au transport qui leur sont imposés par la loi, ce qui procure à Fastned une source de revenus supplémentaire, en plus de ce que les conducteurs paient à la borne de recharge.
Ce principe est en quelque sorte comparable au système de mise en commun des quotas de CO₂ entre les constructeurs automobiles européens, dans le cadre duquel les constructeurs disposant d'une flotte plus propre peuvent compenser ceux qui dépassent leurs objectifs.
La différence réside dans le fait que le système néerlandais repose sur des crédits négociables réels plutôt que sur la mise en commun des émissions de la flotte. Fastned indique que 5 millions d'euros supplémentaires de recettes issues de ces crédits électroniques, générés au premier trimestre, n'ont pas encore été comptabilisés et devraient apparaître dans ses résultats du troisième trimestre.
Même en tenant compte de cette réserve, la tendance est claire. L'activité de Fastned s'apparente de plus en plus à celle d'une infrastructure bien établie plutôt qu'à celle d'une start-up cherchant à s'implanter à toute vitesse sur le marché européen.
Il existe peut-être un autre signe de cette transition. Des investisseurs privés néerlandais et belges ont injecté environ 69 millions d'euros dans deux émissions obligataires de Fastned au cours du premier semestre, tandis que les banques apportent désormais des centaines de millions pour financer la poursuite de son expansion.
Fastned a encore un long chemin à parcourir pour concrétiser son ambition d'exploiter 1 000 stations d'ici 2030. Mais après des années où le chiffre le plus important pour Fastned était le nombre de nouveaux « toits jaunes » qu'elle parvenait à construire, la question qui retient désormais le plus l'attention est de savoir combien d'argent chacun de ces toits peut générer.


