Einride propose depuis des années des services de transport de marchandises autonomes, mais toujours sur son propre matériel. Cela va désormais changer. L'opérateur suédois s'associe à DAF pour intégrer son logiciel Einride Driver à la production de camions électriques du constructeur néerlandais.
C'est la première fois que la technologie autonome d'Einride est intégrée à la cabine d'un autre constructeur plutôt que d'être développée pour sa propre cabine. L'objectif est de mettre en circulation les camions DAF dès l'année prochaine.
Déploiement à grande échelle de cette technologie
Pour sa branche logistique, qui propose des services de transport de marchandises sans émissions, Einride s'appuie sur des accords conclus avec Scania, Mercedes-Benz, BYD et d'autres équipementiers. Mais jusqu'à présent, sa flotte autonome a toujours constitué un écosystème propriétaire.
L'entreprise a mis au point son propre « Pod » sans cabine, a lancé fin 2024 sa première opération commerciale quotidienne de transport de marchandises en mode autonome en Suède, en collaboration avec la chaîne de pharmacies Apotea, et a obtenu les autorisations nécessaires pour circuler en mode SAE de niveau 4 sur les routes américaines à Los Angeles.
Dans le secteur, cette logique est appelée « intégration verticale » : détenir à la fois le véhicule, les logiciels, les infrastructures de recharge et la plateforme de fret. L'accord conclu avec DAF bouleverse ce modèle. Einride concède désormais sous licence sa solution de conduite autonome à un constructeur de camions tiers.
Pourquoi ce changement ? L'entreprise suédoise mise sur le fait que les partenariats permettent d'atteindre plus rapidement une certaine envergure que de construire chaque véhicule elle-même.
Homologation en cours
Ce partenariat porte sur la toute nouvelle gamme de camions électriques de DAF. Il s'agit du XB Electric, destiné à la distribution urbaine, ainsi que des XG et XG+ Electric, conçus pour les longs trajets. Einride Driver sera intégré directement à ces plateformes de série, et non pas installé a posteriori en tant qu'accessoire après-vente. Le délai est serré. Les deux entreprises ont pour objectif de mettre en service sur la voie publique, d’ici 2027, une autonomie de niveau 4 selon la norme SAE (conduite sans intervention du conducteur dans la plupart des conditions de circulation).
Les travaux techniques débutent cette année. DAF et Einride collaborent avec TNO, l'institut néerlandais de recherche appliquée, afin de développer les interfaces matérielles entre la pile logicielle autonome d'Einride et l'architecture des camions électriques de DAF.
Les autorités chargées de l'homologation sont déjà informées, ce qui est important car personne en Europe n'a encore obtenu l'homologation complète pour un camion électrique de niveau 4 destiné à circuler sur la voie publique.
Ce n'est pas non plus un novice dans ce domaine
Si Einride fait figure de « licorne » dans le domaine du transport routier autonome, DAF n’en est pas non plus à son coup d’essai. Sa société mère, PACCAR, mène depuis des années un programme nord-américain dédié aux véhicules autonomes, et DAF a déjà collaboré avec des fournisseurs de technologies autonomes dans le cadre d’autres projets. Le constructeur de camions d’Eindhoven présente cette initiative comme le prolongement logique de sa stratégie d’électrification.
“ En associant notre gamme de camions haut de gamme à une technologie d'autonomie de pointe, nous contribuons activement à la mise en place d'un écosystème plus efficace, plus sûr et plus durable pour le transport de marchandises ”, a déclaré Jeroen van den Oetelaar, ingénieur en chef chez DAF et membre du conseil d'administration.
Pour Einride, tout est une question de couverture. L'entreprise a validé son concept avec des opérations en boucle fermée et des trajets de courte distance entre entrepôts. Pour passer du stade des projets pilotes à une échelle commerciale justifiant le modèle économique de l'exploitation à distance, il faut que le nombre de véhicules en circulation corresponde à ce que DAF est en mesure de fournir.
Le fait qu'un grand constructeur européen de camions considère désormais la technologie d'Einride comme un élément de sa feuille de route produit plutôt que comme un projet de recherche constitue sans aucun doute un tremplin.


