Le diabète au volant : la législation belge en matière de permis de conduire est-elle restée figée dans le passé ?

La Belgique impose à la quasi-totalité des conducteurs chez qui un diabète a été diagnostiqué d'obtenir un permis de conduire assorti de restrictions médicales, tandis que les pays voisins se concentrent de plus en plus uniquement sur les personnes dont l'état de santé ou le traitement présente un risque réel pour la conduite.

Pourtant, selon l'institut belge de sécurité routière Vias, une personne diabétique sur cinq conduit sans le permis adapté requis. Cet écart soulève une question plus large : la Belgique est-elle confrontée à un problème de respect de la réglementation, ou sa législation relative à la conduite des personnes diabétiques n'a-t-elle pas su s'adapter aux progrès de la médecine moderne ?

Ce chiffre est issu d'une enquête menée par la Diabetes Liga, l'Association du Diabète et l'Institut Vias auprès de 1 136 personnes diabétiques titulaires d'un permis de conduire. La Belgique compte environ un million de personnes diabétiques.

Mal informé

Les personnes atteintes de diabète doivent surveiller elles-mêmes leur état de santé et, après avoir consulté leur médecin généraliste ou leur endocrinologue, s'inscrire auprès de la mairie, en joignant un certificat d'aptitude à la conduite dûment rempli.

Pourtant, la plupart ignorent cette exigence. QDe nombreuses personnes atteintes de diabète ne sont pas suffisamment informées des règles relatives à l'aptitude à la conduite. Certaines personnes ignorent que leur permis de conduire doit être renouvelé régulièrement. À l'inverse, d'autres ne découvrent que plusieurs années après leur diagnostic qu'elles doivent demander un permis de conduire adapté. 

Toutefois, toute personne conduisant sans permis de conduire adapté est légalement considérée comme ne disposant pas d'un permis valide. Cela peut entraîner une amende et avoir des conséquences en cas d'accident, même si celui-ci n'est pas lié au diabète. Cela peut également compromettre la couverture d'assurance.

Selon cette étude, unPrès de 8 personnes diabétiques interrogées sur 10 (78%) sont titulaires d'un permis de conduire adapté. Cela signifie que 22% ne respectent pas cette obligation. 18% des personnes interrogées estiment qu'un permis de conduire adapté aux personnes atteintes de diabète n'est pas nécessaire.

La législation belge est-elle dépassée ?

L'enquête met en évidence un écart important entre les exigences légales et les connaissances ou les pratiques des personnes atteintes de diabète. Les trois organisations susmentionnées ont donc l'intention de lancer une campagne de sensibilisation destinée aux personnes atteintes de diabète et aux professionnels de santé.

Toutefois, toute cette affaire soulève des questions. Pourquoi, par exemple, la législation est-elle bien moins stricte dans d’autres pays ? Et le législateur belge a-t-il réellement tenu compte de l’évolution des traitements contre le diabète ?

Les règles ont été profondément remaniées en 2010, mais seize ans plus tard, la prise en charge du diabète a considérablement évolué. Est-il donc normal que la législation parte littéralement du principe qu’une personne atteinte de diabète sucré est “ inapte à la conduite ”, avant d’autoriser un médecin à en décider autrement ?

Au fil des années, les traitements ont considérablement évolué. Un patient traité par des changements de mode de vie ou par des médicaments présentant un faible risque d'hypoglycémie est, d'un point de vue médical, très différent d'un utilisateur d'insuline sujet à des hypoglycémies sévères. Pourtant, pour le permis de conduire belge de catégorie B, les deux cas relèvent essentiellement du même système d'aptitude médicale valable cinq ans.

Autres pays européens

De l'autre côté de la frontière, les autorités font de plus en plus cette distinction. Aux Pays-Bas, une personne qui ne prend aucun médicament ou qui suit un traitement sans insuline n'est en principe pas tenue de le signaler immédiatement, même si le diabète doit être déclaré lors des étapes prévues par la déclaration de santé.

La France a explicitement modifié sa réglementation en 2022 afin de tenir compte des progrès scientifiques et technologiques. L'Allemagne adopte une approche encore plus directement axée sur l'évaluation des risques. Un conducteur souffrant d'un diabète bien contrôlé et prenant des médicaments par voie orale présentant un faible risque d'hypoglycémie est considéré comme apte à la conduite.

Le Luxembourg, de son côté, concentre ses restrictions sur les cas d'hypoglycémie sévère récurrente et de perte de conscience, plutôt que de traiter tous les diagnostics de la même manière.

Risque d'hypoglycémie

Cela ne signifie pas pour autant que le diabète ne présente aucun risque pour la sécurité routière. Les études sont formelles quant au danger que représente l’hypoglycémie. Des expériences contrôlées menées sur simulateur de conduite ont montré que les performances au volant se détériorent considérablement, même en cas d’hypoglycémie relativement légère. La question est de savoir si toutes les personnes chez qui cette maladie a été diagnostiquée doivent être soumises au même régime administratif en matière de permis de conduire.

L'enquête Vias révèle que la Belgique est bel et bien confrontée à un problème de respect des règles, puisque 22% de conducteurs diabétiques ne se conforment pas à une obligation légale, mais il se peut que le pays soit également confronté à un problème de législation.

La médecine moderne est de plus en plus à même de faire la distinction entre un conducteur dont le traitement ne présente pratiquement aucun risque d'hypoglycémie et une personne souffrant d'hypoglycémies graves et récurrentes qui ne devrait vraiment pas prendre le volant.

Système d'assurance

La question de l'assurance rend le système belge encore plus singulier. Si un conducteur belge souffrant d'un diabète bien maîtrisé conduit à l'étranger sans avoir fait convertir son permis belge et qu'il provoque un accident, la victime n'est pas simplement laissée pour compte par l'assureur.

L'assurance automobile obligatoire belge offre une couverture à l'étranger conformément, au minimum, aux règles obligatoires du pays où l'accident se produit. Toutefois, l'application de l'exception relative au droit étranger dépend en fin de compte des circonstances spécifiques et de l'interprétation juridique.

Vous aimerez peut-être aussi

Créez un compte gratuit ou connectez-vous.

Accédez à la lecture de cet article, ainsi qu'à un nombre limité de contenus gratuits.

Oui, je souhaite recevoir les nouveaux contenus et les mises à jour.