Le secteur belge des véhicules électriques exhorte le gouvernement fédéral à mettre en place, à partir de 2027, un programme de leasing social pour les voitures électriques, ouvert aussi bien aux véhicules neufs qu'aux véhicules d'occasion.
Fédération sectorielle EV Belgium déclare que Les ménages à faibles revenus qui dépendent d'une voiture pour se rendre au travail devraient avoir accès à des solutions de financement abordables, leur permettant ainsi de bénéficier de coûts d'utilisation réduits plutôt que de rester tributaires de l'essence ou du diesel.
Cet argument a du sens, mais il soulève également une question délicate pour le secteur des véhicules électriques lui-même. Si les voitures électriques permettent déjà à de nombreux automobilistes de réaliser des économies sur toute leur durée de vie, l’industrie ne devrait-elle pas en faire davantage pour le démontrer directement aux acheteurs particuliers, plutôt que de se contenter principalement de demander aux pouvoirs publics de faciliter la transition grâce à des subventions et des programmes de soutien ?
Crucke s'y attèle déjà
Cet appel intervient à un moment intéressant, car le projet est déjà plus avancé que ne le laisse entendre l'appel lancé par la fédération. L'accord de coalition fédérale stipule en effet explicitement que le gouvernement examinera la mise en place d'un mécanisme de location sociale de véhicules électriques destiné aux salariés dont les revenus sont inférieurs à un certain seuil.
Le ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke, a confirmé en juin que l'administration travaillait déjà sur ce projet. Une étude préliminaire a été réalisée et les travaux se poursuivent.
Son gouvernement mène également des consultations auprès des acteurs du marché concernant les coûts et les formules envisageables, avec ou sans soutien public. Cette distinction est importante, car le Premier ministre Bart De Wever est réticent à l'idée de débloquer un nouveau fonds de subventions.
Les voitures de société d'occasion pourraient être l'atout majeur de la Belgique
EV Belgium ne donne pour l'instant aucune indication de prix concernant sa proposition. L'organisation ne précise ni le montant mensuel d'un « leasing social », ni le plafond de revenus applicable, ni le montant de l'aide accordée pour chaque véhicule, ni le coût global du dispositif. Sa suggestion la plus originale est que les véhicules électriques d'occasion puissent également bénéficier de ce dispositif.
Cela pourrait particulièrement profiter à la Belgique. Des années de fiscalité avantageuse sur les véhicules de société ont permis une électrification du parc automobile des entreprises bien plus rapide que celle du marché privé. À mesure que ces contrats de location arriveront à échéance, un nombre croissant de véhicules électriques relativement récents arrivera sur le marché de l'occasion.
Au lieu de suivre l'exemple de la France et de subventionner massivement les voitures neuves, la Belgique pourrait utiliser des véhicules électriques d'occasion provenant d'entreprises, dont la valeur a déjà été amortie, afin de tirer davantage parti du même budget public.
Cette possibilité existait déjà mis en avant par Newmobility.news au début du mois. La première vague de retours de véhicules de fonction électriques observée aujourd’hui reste relativement coûteuse, mais les véhicules électriques plus petits et moins chers qui intègrent désormais les flottes d’entreprise devraient progressivement élargir l’offre de modèles d’occasion abordables.
Plus de 700 € par an d'économies d'énergie
EV Belgium estime qu'un conducteur utilisant habituellement un véhicule à essence peut économiser plus de 700 € par an, soit au moins 50 € par mois, en frais énergétiques en optant pour un véhicule électrique.
Le directeur Philippe Vangeel estime que ce sont les ménages les plus durement touchés par la hausse des prix de l'essence qui ont le plus à y gagner. Plutôt que de réduire les droits d'accise sur les carburants pour tout le monde, il estime que les pouvoirs publics devraient aider les automobilistes à faibles revenus à accéder à une technologie dont le coût d'utilisation est structurellement moins élevé.
La fédération cite une étude néerlandaise qui montre que les ménages à faibles revenus consacrent environ deux fois plus de leurs revenus au carburant que les ménages à revenus plus élevés, ce chiffre pouvant atteindre près de trois fois plus pour certaines personnes qui effectuent de nombreux trajets en voiture dans le cadre de leur travail.
EV Belgium présente donc le leasing social comme une alternative plus ciblée que les subventions accordées à l'essence et au diesel. Selon l'association, un véhicule électrique d'occasion abordable permettant à un ménage d'économiser 50 € par mois sur sa facture d'énergie pourrait s'avérer socialement plus utile qu'une subvention ponctuelle pour l'achat d'une voiture neuve.
Ce chiffre de 700 €, cependant, couvre les coûts énergétiques plutôt que les aspects économiques liés à la pleine propriété. Le fait qu’un véhicule électrique permette finalement de réaliser des économies dépend également du prix d’achat ou de location, de la dépréciation, du financement, de l’assurance, de l’entretien, des taxes et, surtout, de l’endroit où le véhicule est rechargé.
Convaincre les responsables politiques, mais qu'en est-il des consommateurs ?
Il y a là une certaine ironie. EV Belgium présente la sensibilisation du public comme faisant partie de sa mission et se positionne comme une source d’information indépendante destinée aux personnes envisageant l’achat d’un véhicule électrique, mais une grande partie de son activité visible reste axée sur les décideurs politiques et le secteur automobile.
Son nouvelle calculatrice illustre cet écart. Il compare les dépenses en essence ou en diesel aux coûts d'électricité selon différents scénarios de recharge, mais s'abstient délibérément de calculer le coût total de possession. Le prix d'achat, le financement, l'amortissement, l'assurance, l'entretien et les taxes ne sont pas pris en compte.
Cet outil s'avère donc utile pour comparer les factures d'énergie, mais il est moins adapté pour répondre à la question que se posent en réalité de nombreux acheteurs particuliers : un véhicule électrique me reviendra-t-il globalement moins cher que la voiture à essence ou diesel que j'envisage d'acheter ?
Pour une fédération préoccupée par la réticence persistante des acheteurs privés, il peut donc s'avérer presque aussi important de convaincre directement les consommateurs que de persuader les responsables politiques de soutenir cette transition.
Cela permet également aux médias indépendants de vérifier si les arguments avancés en matière d'accessibilité financière tiennent la route face aux prix d'achat réels, à la dépréciation, aux coûts de recharge et aux différents scénarios de possession.
La France illustre à la fois le potentiel et la facture
La France reste la référence incontestable. Son programme renouvelé de location sociale pour 2026 a été lancé en juillet, doté d'une enveloppe de 401 millions d'euros destinée à au moins 50 000 ménages. Les loyers mensuels sont plafonnés à 200 €, et au moins un quart des offres initiales sont inférieures à 140 €. Les baux ont une durée minimale de trois ans.
Les conditions d'éligibilité visent spécifiquement les personnes à faibles revenus qui ont besoin d'une voiture pour se rendre au travail. La France a montré que la demande était forte, mais aussi que la location sociale devient rapidement coûteuse et ne profite pas automatiquement aux ménages les plus pauvres. L'assurance, la recharge et les autres frais d'utilisation ne sont pas inclus dans le loyer mensuel.
Les Pays-Bas étudient la même option
Les Pays-Bas étudient également un système inspiré du modèle français. Des chercheurs ont estimé qu'environ 1,1 milliard d'euros pourraient aider 160 000 foyers à faibles revenus et dépendants de la voiture à passer à un véhicule électrique si l'aide publique s'élevait en moyenne à 7 000 euros par véhicule. Limiter ce dispositif à environ 55 000 foyers actifs permettrait de ramener le coût estimé à environ 390 millions d'euros.
Leur argument principal est que des mesures de soutien ciblées en faveur des véhicules électriques pourraient s'avérer plus efficaces que des baisses générales des taxes sur les carburants. La réduction actuelle de l’accise sur les carburants aux Pays-Bas coûte environ 1,7 milliard d’euros par an, alors qu’une grande partie de cet avantage profite aux conducteurs aux revenus les plus élevés.
La Belgique passe donc du débat politique à la conception concrète. La France a démontré l'existence d'une demande ; les Pays-Bas déterminent actuellement quels sont les bénéficiaires ciblés et à quel coût ; et le gouvernement fédéral belge examine déjà comment un tel système pourrait être financé.
La question centrale est de savoir si la Belgique peut tirer parti de son parc exceptionnellement important de véhicules électriques provenant d'anciennes flottes d'entreprise pour mettre en place une formule de leasing social moins coûteuse, tout en redoublant d'efforts pour convaincre les automobilistes particuliers que la conduite électrique peut être financièrement intéressante même sans subvention.


