Waymo s'apprête à s'implanter à Munich. La filiale d'Alphabet commencera à cartographier la capitale bavaroise dans les semaines à venir et prévoit de lancer un service de VTC entièrement sans conducteur vers la fin de l'année 2027. Il s'agira de la première implantation commerciale de Waymo dans l'Union européenne, qui débutera de manière symbolique dans la ville natale de BMW.
Dans un premier temps, il y aura encore des personnes au volant. Des “ spécialistes de la conduite autonome ” formés prendront le volant pendant que Waymo cartographiera les rues de Munich et validera son système dans les conditions locales. L'Allemagne dispose déjà d'un cadre juridique pour la conduite autonome de niveau 4, tandis que Waymo doit encore obtenir les autorisations nécessaires.
La question qui intrigue est de savoir dans quel véhicule les passagers munichois finiront par voyager. Waymo ne s'est pas prononcé à ce sujet.
Jaguar d'abord, Zeekr ensuite ?
Le modèle phare de Waymo reste la Jaguar I-Pace électrique. Son site web allemand illustre d’ailleurs le lancement à Munich avec ce modèle, ce qui fait de la Jaguar une candidate évidente pour les premiers travaux de cartographie et de validation.

Mais ce n'est plus l'avenir de Waymo. Waymo a reçu sa dernière série de Jaguar en 2025 et s'oriente désormais vers sa sixième génération de « Driver », qui peut être installée sur différentes plateformes de véhicules.
Le plus important est l’Ojai, le robotaxi spécialement conçu par Waymo en collaboration avec Zeekr, une filiale de Geely. Ce véhicule électrique aux lignes carrées est équipé de portes coulissantes, d’un seuil bas et d’un plancher plat ; il a été conçu pour une utilisation intensive en tant que taxi.
Il est également équipé du tout dernier ensemble de capteurs et de composants informatiques de Waymo, conçu pour s'adapter à un éventail plus large de conditions météorologiques, y compris la neige — un avantage évident dans le sud de l'Allemagne.
L'Ojai est fabriqué par Zeekr à Ningbo, en Chine, avant que Waymo n'y installe son équipement de conduite autonome. Plus de 3 200 exemplaires auraient déjà été importés aux États-Unis malgré des droits de douane élevés, et des trajets à bord de l'Ojai ont déjà commencé à San Francisco, Phoenix et Los Angeles.
Un scénario plausible serait donc que Munich commence ses essais avec des Jaguar, mais passe aux Ojai dès que le service commercial prendra de l'ampleur. Pour l'instant, toutefois, cela reste du domaine de la spéculation : Waymo n'a pas confirmé l'existence d'une flotte allemande.
Hyundai est également dans la course
Il existe un troisième candidat. En juillet, Waymo a commencé à tester la conduite autonome sur des Hyundai Ioniq 5 équipées de son « Driver » de sixième génération. Waymo souhaite délibérément que son « Driver » soit compatible avec différentes plateformes.
En Europe, Hyundai pourrait bénéficier d’un avantage par rapport à l’Ojai, fabriqué en Chine, car cela lui permet d’échapper aux droits de douane supplémentaires imposés par l’UE sur les véhicules électriques chinois. Le traitement précis qui serait appliqué à une flotte de robotaxis dépendrait de leur classification douanière, mais c’est une raison supplémentaire de ne pas partir du principe que tous les Waymo européens seront en réalité des Zeekr.
Pourquoi Munich est une ville importante
Munich est un choix audacieux. Waymo introduit la technologie américaine de conduite autonome au cœur de l'industrie automobile allemande, alors même que les constructeurs allemands subissent la pression des fabricants chinois de véhicules électriques et de concurrents spécialisés dans les logiciels.
Waymo affirme avoir effectué plus de 20 millions de trajets en mode autonome et assure désormais des centaines de milliers de courses commerciales par semaine. En dehors des États-Unis, l'entreprise mène également des essais à Tokyo et à Londres.
Les Pays-Bas pourraient logiquement figurer parmi les prochains candidats à l'adhésion à l'UE. Les autorités néerlandaises autorisent depuis des années les essais de véhicules autonomes sur la voie publique, le RDW étant chargé de délivrer les autorisations. Le mélange d'automobiles, de tramways, de piétons et de cyclistes qu'on observe à Amsterdam constituerait néanmoins un test redoutable.
La Belgique n'est peut-être pas aussi à la traîne qu'il n'y paraît. En juin, la Flandre a accepté l'homologation néerlandaise du système « FSD Supervised » de Tesla après 5 000 kilomètres supplémentaires d'essais sur le territoire, faisant ainsi de la Belgique l'un des premiers pays européens où ce système peut être utilisé légalement.
Mais le système de Tesla nécessite toujours un conducteur pleinement attentif et reste un système d'aide à la conduite de niveau 2. Les robotaxis de Waymo représentent un bond en avant réglementaire d'un autre ordre : ils fonctionnent sans personne au volant, ce pour quoi la Belgique ne dispose pas encore d'un cadre commercial suffisamment abouti.
Pour l’instant, Munich devient le laboratoire Waymo le plus intéressant d’Europe. Et si le robot-taxi qui finissait par s’arrêter devant le siège de BMW s’avérait être un Zeekr conçu en Suède, fabriqué en Chine et équipé d’une intelligence artificielle américaine, cela illustrerait parfaitement à quel point la donne concurrentielle dans le secteur automobile a profondément changé.


