La start-up belge LIZY, filiale de D’Ieteren, a levé plus de 300 millions d’euros pour développer son modèle de leasing de véhicules d’occasion en Belgique, en France et aux Pays-Bas. Mais la véritable question est de savoir ce qu’il adviendra de la première vague massive de voitures de fonction électriques à l’expiration de leurs contrats de leasing initiaux.
Ce financement est principalement constitué de dette : environ 290 millions d’euros provenant d’une titrisation et d’un crédit bancaire, auxquels s’ajoutent 10 millions d’euros de capitaux propres apportés par les actionnaires existants, à savoir D’Ieteren, le principal groupe belge de distribution automobile et de mobilité, et Alychlo, la société d’investissement de l’entrepreneur Marc Coucke.
Cette opération de titrisation, finalisée en juin, regroupe des créances de crédit-bail provenant de PME belges et françaises, avec ABN AMRO en tant qu’investisseur de premier rang et Pollen Street Capital en tant que prêteur mezzanine. Cela revêt une importance particulière, car les bailleurs de fonds sont de plus en plus enclins à financer des véhicules ayant déjà connu une première vie, y compris des véhicules électriques dont la valeur résiduelle reste difficile à prévoir.
Les véhicules électriques font leur retour
La Belgique est en quelque sorte un laboratoire pour cette problématique. Les membres de Renta – la fédération belge des sociétés de leasing – disposaient de 195 990 voitures particulières électriques à la mi-2025, soit 51% de l'ensemble des véhicules électriques à batterie (BEV) belges. Et 73% des nouvelles voitures particulières qu'ils commandaient étaient à zéro émission.
Ces voitures seront de plus en plus souvent restituées au bout de trois, quatre ou cinq ans. Habituellement, le bailleur les vend ou les exporte. Mais la demande des particuliers pour les véhicules électriques d'occasion n'a pas progressé aussi rapidement que l'électrification des flottes d'entreprise, ce qui exerce une pression à la baisse sur leur valeur résiduelle.
Renta a elle-même souligné que la Belgique ne disposait toujours pas d’un marché de l’occasion viable pour les voitures électriques. La réponse de LIZY est simple : ne vendez pas encore la voiture. Renouvelez son contrat de location.

Au lieu d'un seul contrat de location suivi d'une revente, LIZY souhaite que les voitures fassent l'objet d'un deuxième, voire d'un troisième contrat. La dépréciation la plus forte ayant déjà eu lieu, cela permet de proposer une mensualité moins élevée. Au premier semestre 2026, 83% de ses nouveaux contrats concernaient des véhicules électriques.
Ce n'est pas tant une question de prix que de risque
LIZY n'a pas inventé le leasing de véhicules d'occasion. Ayvens propose déjà le « 2life Lease » en Belgique, qui consiste à réaffecter à un nouveau contrat de leasing opérationnel certaines voitures issues de sa flotte d'environ 80 000 véhicules. Arval et d'autres acteurs proposent des produits similaires à l'étranger.
Ce qui distingue LIZY, c'est que la location de produits de seconde main constitue son cœur de métier et qu'elle a désormais réussi à convaincre des investisseurs institutionnels de financer ce modèle à cette échelle.
Le leasing n'est pas non plus automatiquement beaucoup moins cher. En fonction des remises accordées par les constructeurs, un véhicule électrique neuf peut parfois ne coûter que quelques dizaines d'euros de plus par mois. L'argument le plus convaincant est que le client évite un investissement initial important et transfère au bailleur les frais d'entretien et, surtout, le risque lié à la valeur résiduelle.
Cette formule séduit les PME et les conducteurs indépendants, qui constituent la clientèle principale de LIZY. Elle pourrait également attirer les particuliers. Une personne qui achète aujourd’hui un véhicule électrique de trois ans prend le risque de voir la valeur de celui-ci chuter considérablement d’ici quatre ans, en raison de baisses de prix sur les véhicules neufs ou de l’apparition de nouvelles technologies de batterie. Avec la location longue durée, ce risque est supporté par la société de location.
Il subsiste toutefois une faille étrange dans ce raisonnement circulaire. Un conducteur dont le contrat de location d’un véhicule électrique d’une durée de quatre ans arrive à échéance ne peut pas nécessairement souscrire un nouveau contrat de location d’occasion pour le même véhicule.
Arval Belgique, par exemple, permet aux conducteurs d'entreprise d'acheter leur voiture en leasing à la fin du contrat et de prolonger la durée du leasing. Toutefois, son programme « Re-lease » consiste généralement à réaffecter certaines voitures restituées à un nouveau contrat pour un autre client.
Pourtant, le fait de conserver le même conducteur au volant de la même voiture pourrait bien constituer le deuxième cycle le plus simple qui soit : pas de reprise, pas de revente, pas d'historique inconnu du véhicule, alors que le client sait déjà exactement comment la voiture a été entretenue.
La Belgique n'a pas profité de l'essor de la location de véhicules entre particuliers
Pour l’instant, la Belgique reste très majoritairement orientée vers le marché B2B. Renta ne comptait que 16 074 voitures en leasing privé à la fin du mois de mars 2026. Ce chiffre représentait 22% de plus qu’un an auparavant, mais ne constituait que 3% du parc de voitures particulières à long terme de ses membres. Seuls 1 255 d'entre elles étaient électriques.
Le contraste avec les Pays-Bas est énorme. À la fin de l'année 2025, le parc de véhicules en location longue durée aux particuliers s'élevait à 241 800 voitures, soit 2,61 TP3T du parc national de voitures particulières.
Ce segment a connu une croissance fulgurante entre 2013 et 2020 et est désormais considéré comme une alternative courante à l'achat. Près de 29% des nouvelles immatriculations de véhicules en leasing privé aux Pays-Bas en 2025 étaient des véhicules électriques.
Cette situation s'explique en partie par des facteurs structurels. Le marché belge du leasing s'est développé autour de la voiture de fonction. De nombreux salariés qui, aux Pays-Bas, opteraient pour un contrat de leasing à titre privé, en bénéficient déjà en Belgique par l'intermédiaire de leur employeur. Les automobilistes particuliers restent plus attachés à la propriété. Le marché néerlandais a su faire la place à un important segment de leasing grand public, parallèlement au leasing d'entreprise.
Cette différence pourrait désormais se transformer en opportunité. Le « Private Lease » élimine justement l'incertitude qui fait hésiter les consommateurs à l'idée d'acheter un véhicule électrique d'occasion. Renta souligne d'ailleurs que la protection contre une valeur de revente plus faible que prévu est l'une des raisons pour lesquelles le « Private Lease » belge commence à se développer.
Une seconde vie avant la revente
Le leasing de véhicules d'occasion ne résoudra pas à lui seul le problème des véhicules électriques d'occasion en Europe, et ne constituera pas non plus toujours l'option la moins chère. Mais il peut permettre au marché de gagner du temps.
Au lieu que des milliers de véhicules électriques d'anciennes flottes d'entreprise envahissent simultanément le marché de l'occasion, une partie de cette flotte peut rester en location longue durée professionnelle pendant encore quelques années, le risque lié à la valeur résiduelle étant alors supporté par des spécialistes plutôt que par les conducteurs.
Le financement de 300 millions d'euros accordé à LIZY va donc bien au-delà de ce que laisse entendre le titre. Cette start-up belge parie qu'un véhicule électrique n'a pas nécessairement besoin d'un nouvel acheteur à l'issue de son premier contrat de location : il peut tout simplement avoir besoin d'un nouveau conducteur.


