Tout le monde Les personnes qui se connecteront à la plateforme belge Just-on-web à partir de lundi pour payer une amende pour excès de vitesse verront s’afficher, en plus des avis fédéraux d’infraction pour excès de vitesse, des témoignages de mères d’enfants décédés dans des accidents. Par ailleurs, les courriers fédéraux relatifs aux infractions pour excès de vitesse contiennent des cartes comportant des messages personnels rédigés par des témoins.
C'est là l'essence même d'une nouvelle campagne de sécurité routière lancée lundi en présence de la ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V). Au cœur de cette campagne se trouvent les témoignages de deux mères qui ont perdu leur enfant dans un accident causé par un conducteur en excès de vitesse.
Conséquences du comportement des conducteurs
L'objectif est de faire prendre conscience aux conducteurs des conséquences de leur comportement. Cette initiative est le fruit d'une collaboration entre l'association à but non lucratif « Ouders van Verongelukte Kinderen-SAVE », la police fédérale, l'institut de sécurité routière Vias et les services publics fédéraux de la Justice et de la Mobilité.
Mme Verlinden souligne que cette campagne a pour objectif de garantir que chacun rentre chez soi sain et sauf. “ Chaque infraction que nous évitons, chaque changement de comportement que nous parvenons à induire, peut sauver une vie ”, a-t-elle ajouté.
Même ceux qui reçoivent leur amende par la poste reçoivent également une lettre personnelle de la part des mères. “ Notre message peut paraître provocateur, mais la confrontation est parfois nécessaire pour faire réfléchir et susciter le changement ”, affirment les mères d’enfants décédés dans des accidents.
Ce n'est pas une idée nouvelle
La campagne de Verlinden n'est toutefois pas une idée entièrement nouvelle. Il s'agit de la dernière étape d'une expérience belge qui se développe depuis des années, et la Belgique adopte désormais l'une des approches les plus directes : interpeller un contrevenant identifié au moment même où il reçoit ou paie son amende.
En 2017, OVK-SAVE, la Police fédérale des autoroutes et Happiness Brussels ont lancé l'initiative « SpeedTalk ». Les conducteurs pris en flagrant délit d'excès de vitesse lors de contrôles de police étaient invités à s'entretenir directement avec des parents ayant perdu un enfant dans un accident lié à la vitesse.
Depuis 2019, certaines amendes routières belges sont accompagnées de ‘ fiches de sensibilisation ’ qui expliquent les risques liés à l'excès de vitesse, à la consommation d'alcool, à la distraction au volant, au port de la ceinture de sécurité, etc. Vias a ensuite évalué ces fiches et a discuté des résultats avec les autorités en septembre 2022.
Par la suite, Vias a examiné de manière approfondie les messages vidéo, en s’appuyant sur la littérature scientifique et sur “ les pratiques existantes en Belgique et à l’étranger ”. Le canal proposé était précisément le site web sur lequel les contrevenants paient leurs amendes.
En Australie, la Commission des accidents de la circulation (Transport Accident Commission) a lancé une campagne similaire en 2023, en collaboration avec la police de l’État de Victoria et le ministère de la Justice de cet État. Elle ciblait les personnes qui avaient effectivement été prises en flagrant délit d'excès de vitesse, de franchissement d'un feu rouge ou d'utilisation illégale d'un téléphone portable. Leur avis d'infraction comprenait une lettre personnelle rédigée par un secouriste ainsi qu'un code QR renvoyant vers une vidéo émouvante d'un survivant d'un accident ou d'un secouriste, adaptée à l'infraction commise.
La question reste posée : ces campagnes sont-elles réellement efficaces ?
Selon le gouvernement fédéral, les premières vidéos destinées aux victimes diffusées exclusivement sur Internet ont été visionnées 1,2 million de fois au cours de leur première année. C'est une visibilité impressionnante, mais ces 1,2 million de visionnages ne prouvent pas que les destinataires aient par la suite roulé plus lentement.
Une étude belge particulièrement pertinente, menée par l'université de Hasselt, a porté sur 1 362 élèves du secondaire ayant pris connaissance de témoignages de victimes d'accidents de la route. Elle a mis en évidence des effets relativement positifs, tant immédiatement qu'à deux mois de là, sur la plupart des variables socio-cognitives mesurées et des variables comportementales déclarées par les participants.
Mais les effets variaient considérablement selon le groupe démographique, les attitudes antérieures et le degré d’impact émotionnel ou cognitif sur les participants. Il est important de noter qu’il s’agissait d’étudiants, et non de conducteurs condamnés pour excès de vitesse, et que l’étude n’a pas mesuré le nombre d’amendes pour excès de vitesse ni d’accidents survenus par la suite.
L'émotion seule ne suffit pas
Il y a toutefois une mise en garde importante : l’émotion à elle seule ne suffit pas. Une méta-analyse de 13 études expérimentales portant sur plus de 3 000 personnes a révélé que les messages de sécurité routière fondés sur la peur étaient très efficaces pour effrayer les gens. Pourtant, elle n'a pas montré d'amélioration statistiquement significative du comportement au volant. Ainsi, “ faire en sorte que le contrevenant se sente très mal ” n'est pas en soi une solution fondée sur des données probantes.
La Belgique transforme donc l'amende pour excès de vitesse en une véritable intervention comportementale, mais il n'est pas encore prouvé que l'émotion puisse empêcher une nouvelle infraction.


