VW troque ses cabriolets contre des systèmes de défense aérienne pour sauver son usine allemande

Volkswagen prépare l'une des reconversions industrielles les plus marquantes de l'après-guerre en Allemagne. Son usine d'Osnabrück, surtout connue aujourd'hui pour le T-Roc Cabriolet, devrait cesser la production automobile à l'été 2027 et se transformer progressivement en centre de compétences dédié aux systèmes de sécurité et de défense.

VW s'est mise d'accord sur les principales conditions avec le Land de Basse-Saxe et l'investisseur israélien Aurelius Capital en vue d'une éventuelle cession de Volkswagen Osnabrück GmbH.

Aurelius deviendrait actionnaire majoritaire, aux côtés de la Basse-Saxe. Le premier projet phare, mené en collaboration avec la société israélienne Rafael Advanced Defense Systems, pourrait permettre d’implanter sur le site la production de composants destinés aux systèmes de défense aérienne pour l’Allemagne et l’Europe. Selon Reuters, environ 1 400 des 1 800 emplois actuels de l’usine pourraient finalement être préservés.

Cette opération va bien au-delà d'une simple tentative de trouver un repreneur pour une usine sous-utilisée. Elle marque la convergence de deux tendances majeures de l'industrie allemande : la baisse des besoins en capacité de production de ses constructeurs automobiles et l'essor rapide du secteur européen de la défense.

Un tabou de l'après-guerre ?

Le symbolisme est on ne peut plus évident. Depuis des générations, Osnabrück est associée à la production automobile grand public, des cabriolets Volkswagen construits par Karmann à l’actuel T-Roc Cabriolet. L’Allemagne, quant à elle, a reconstruit une grande partie de son identité industrielle d’après-guerre autour des exportations, de l’ingénierie et des biens de consommation plutôt que de l’armement.

Mais il serait erroné de considérer le déménagement à Osnabrück comme le premier retour de Volkswagen dans le secteur de la défense depuis la Seconde Guerre mondiale. En effet, la Bundeswehr avait chargé VW de développer le ‘ Kurierwagen ’ de type 181 dès 1969.

Dans les années 1970, elle a également commandé le véhicule tout-terrain Iltis ; Volkswagen en a finalement livré 8 800 aux forces armées allemandes, tandis que des versions ultérieures ont également été construites à Bruxelles pour l'armée belge.

Ce qui a changé aujourd'hui, c'est la logique commerciale. Le secteur de la défense n'est plus seulement un marché de niche pour les véhicules spéciaux. Il est désormais considéré comme un moyen d'assurer la pérennité d'une usine automobile civile.

De la crise à l'opportunité

Osnabrück était déjà vouée à mettre fin à sa production automobile après le retrait du T-Roc Cabriolet en 2027. Son sauvetage intervient aujourd’hui, quelques jours seulement après que Volkswagen a approuvé son ambitieux « Future Plan 2030 ».

Le groupe prévoit 50 000 suppressions d'emplois supplémentaires à l'échelle mondiale, qui s'ajoutent aux réductions déjà en cours, tandis que plus de 500 000 véhicules issus d'une surcapacité de production pèsent sur le groupe. L'avenir d'usines telles que celles d'Emden, de Zwickau, de Hanovre et de Neckarsulm fait toujours l'objet de discussions.

Osnabrück pourrait donc servir de cas d'essai. Selon Reuters, Volkswagen étudie également des versions militaires de l'Amarok, tandis que le groupe lui-même indique que d'autres partenariats et projets industriels devraient suivre le programme Rafael.

Volkswagen est loin d'être la seule. Mercedes-Benz a fait de la sécurité et de la défense un axe stratégique de développement et a signé un accord avec la start-up allemande TYTAN Technologies pour la mise au point de systèmes anti-drones basés sur la Classe G et le Sprinter.

Daimler Truck est allé bien plus loin en créant Daimler Truck Defense, en investissant plusieurs centaines de millions d'euros et en se fixant pour objectif d'atteindre un chiffre d'affaires d'un milliard d'euros dans le secteur de la défense d'ici 2028.

Le constructeur de chars KNDS s'est quant à lui penché sur les capacités de production automobiles inutilisées, notamment celles de l'usine Mercedes-Benz de Ludwigsfelde.

Rheinmetall a déjà commencé à transformer deux de ses usines allemandes de composants automobiles en sites hybrides destinés à la fois aux clients du secteur automobile et à ceux du secteur de la défense.

Pas de solution à la crise automobile

La tentation est évidente. Les équipementiers européens du secteur de la défense ont des carnets de commandes bien remplis, tandis que les usines automobiles sont confrontées à une faible demande, à la concurrence chinoise, à des coûts élevés et à la transition vers les véhicules électriques. Les usines automobiles disposent en outre d’une main-d’œuvre qualifiée, de systèmes de contrôle qualité et d’un savoir-faire industriel de pointe.

Mais le secteur de la défense ne peut pas se substituer à l'industrie automobile allemande. Les volumes de production dans le domaine militaire sont bien plus faibles, les exigences en matière de certification et de sécurité sont différentes, et toutes les usines automobiles ne peuvent pas simplement passer de la fabrication de véhicules à celle de systèmes d'armes.

Pour Osnabrück, en revanche, le calcul peut s'avérer payant. Une usine qui risquait de voir sa production automobile disparaître complètement pourrait ainsi conserver l'essentiel de son tissu industriel et plus de 1 000 emplois.

C'est pourquoi cette annonce a une portée qui dépasse le cadre de Volkswagen. L'Allemagne… Tournant historique ne se limite plus aux seuls budgets publics et aux marchés publics de la Bundeswehr. Elle commence à redessiner la carte industrielle du pays.

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