Le coût total de la nouvelle ligne de tramway à Liège s’élèvera à 1,3 milliard d’euros. Telle est la conclusion à laquelle est parvenue la Cour des comptes dans un nouveau rapport. Bien que ce montant ne soit ‘ que ’ supérieur de 139 millions d’euros à celui prévu lors de la signature du contrat de PPP en 2019, il représente le double de l’estimation initiale des coûts de ce mégaprojet.
Dans ce rapport, l'organisme de contrôle soulève également d'autres points critiques, tels que des défaillances de gestion au début du projet, un contrat mal rédigé et un suivi insuffisant pendant la mise en œuvre.
Une planification défaillante dès le départ
Depuis avril de l'année dernière – avec toutefois un retard de deux ans et demi –, un tram circule à Liège, reliant la gare au centre-ville et à d'autres destinations. Et c'est un véritable succès : avec des pics de 4 000 à 5 000 passagers par heure, l'opérateur LETEC a transporté 12 millions de passagers au cours de sa première année d'exploitation.
Cependant, des facteurs tels que des coûts nettement supérieurs aux prévisions avaient déjà suscité une vague de critiques à l'encontre du projet. Le rapport de la Cour des comptes sur la conception et la gestion du projet apporte désormais un éclairage objectif qui vient étayer ces critiques.
Le projet a été annoncé en 2008 et approuvé par le gouvernement wallon en 2009. La décision et la construction finale de la ligne de tramway, dans le cadre d'un partenariat public-privé, se sont déroulées de 2019 à 2025.
La Cour des comptes affirme aujourd’hui que la décision de construire un tramway et le choix du tracé n’ont pas été suffisamment mûrement réfléchis dès le départ, sans parler de la prise en compte de la faisabilité technique et du budget, et qu’il n’y a pratiquement pas eu d’étude sur la manière dont le réseau de bus devrait être adapté. Le tracé lui-même n’était pas non plus bien pensé ; les prolongements prévus ont même été abandonnés en 2024.
Pour financer ce projet, la Wallonie a opté pour un partenariat public-privé (PPP) avec le groupement d'entreprises chargé de la construction de Tram’Ardent (Colas, CAF, DIF), notamment afin d'étaler l'impact budgétaire dans le temps.
Selon la Cour des comptes, cette décision a été prise sans qu'une analyse coûts-avantages ait été réalisée afin de déterminer s'il s'agissait là de la meilleure utilisation des fonds publics. De plus, en l'absence de cadre juridique régissant les contrats de partenariat public-privé (PPP), la Cour recommande d'en mettre un en place.
Manque de contrôle pendant les travaux
La Cour des comptes constate également que le suivi de l'exécution des travaux proprement dits a été insuffisant. Par exemple, les contrats relatifs à l'assistance technique et au personnel affecté au projet ont parfois été modifiés de manière irrégulière, et l'évaluation des risques liée à la gestion du projet a été soumise en retard, était mal structurée et n'a pas été mise à jour.
De plus, l'externalisation de la gestion du projet a entraîné des coûts supplémentaires et comportait un risque de conflits d'intérêts. Enfin, la facture s'avère encore plus élevée que prévu. Selon des estimations antérieures, les coûts de construction avaient déjà atteint 785 millions d'euros, soit environ 250 millions d'euros de plus que le budget initial.
Cependant, la Cour des comptes calcule désormais le coût total du programme jusqu’en 2052 – date d’expiration de la concession – et aboutit à un chiffre d’au moins 1,3 milliard d’euros, soit environ 130 millions de plus que l’estimation contractuelle initiale de 2019 : 263,1 millions d'euros déjà dépensés d'ici fin 2025, auxquels s'ajoutent au moins 990,5 millions d'euros de coûts futurs. Et même ce chiffre reste encore provisoire, car les coûts liés aux litiges en cours n'ont pas encore été pris en compte.
Le ministre assure que des ajustements seront apportés
Une étude menée par le professeur Bent Flyvbjerg, de l'université d'Oxford, portant sur plus de 16 000 projets dans 136 pays, montre que 0 mégaprojets sur 10 dépassent le budget prévu, le calendrier prévu, ou les deux. En ce qui concerne plus particulièrement les projets ferroviaires, le dépassement de coût moyen s'élève à 44,71 TP3T, calculé à partir du moment où la décision de construction est prise.
Le dépassement de budget de 250 millions d'euros du projet de tramway de Liège s'inscrit donc – aussi regrettable soit-il – dans la norme statistique pour ce type de projet.
Cependant, les Liégeois bénéficient d'un service de tram moins important que prévu, alors qu'ils paient plus cher. Et le rapport de la Cour des comptes montre désormais qu'il ne s'agit pas simplement des aléas habituels liés aux mégaprojets, mais bien d'erreurs administratives identifiables.
Dans un communiqué, le ministre wallon de la Mobilité, François Desquesnes (Les Engagés) a souligné que plusieurs des recommandations formulées par la Cour des comptes sont déjà mises en œuvre dans la convention conclue entre la Wallonie et la Société wallonne des transports (OTW), ainsi que dans le décret relatif aux transports publics de voyageurs en Région wallonne, qui doit faire l'objet d'une révision prochainement.


