Alors que la guerre en Ukraine s'éternise, les Russes recherchent de plus en plus des solutions pour assurer leur survie et maintenir leur vie quotidienne. Les voitures électriques en font partie.
Les ventes de véhicules électriques à batterie et hybrides rechargeables en Russie ont plus que doublé entre juin et août de cette année, atteignant 26 543 unités. Cela représente une hausse de 118 %.
La cause n'est ni la réglementation environnementale ni l'engouement des consommateurs pour les modes de transport propres. Il s'agit du rationnement de l'essence et des fumées des raffineries. Les frappes de drones ukrainiens ont mis hors service 24 des 33 plus grandes raffineries de pétrole russes, empêchant ainsi le pays de traiter suffisamment de pétrole brut pour répondre aux besoins de ses propres automobilistes.
En hausse, mais toujours faible
Il va sans dire que ces chiffres doivent être replacés dans leur contexte. En effet, même après cette forte hausse, les véhicules rechargeables ne représentent qu'environ 6 % des ventes totales de voitures en Russie. La Russie a longtemps été – et reste encore aujourd'hui – à la traîne en matière de mobilité électrique. Comptant parmi les plus grands producteurs de pétrole au monde, elle a maintenu les prix de l'essence sur son marché intérieur à un niveau suffisamment bas pour décourager toute initiative en faveur de l'électrification.
Mais, ironiquement, la guerre menée par Poutine en Ukraine et son obsession pour les stratégies énergétiques fondées sur les énergies fossiles se retournent contre lui, comme le montre le regain d’intérêt pour les voitures électriques. On observe le même effet secondaire indésirable aux États-Unis, où la guerre menée par Trump contre l’Iran, pays riche en pétrole, ravive l’intérêt des Américains pour les voitures électriques face à la flambée des prix à la pompe.
Une véritable épine dans le pied
Ces derniers mois, les forces ukrainiennes ont pénétré profondément dans l'espace aérien russe pour frapper des infrastructures énergétiques. Cela s'est traduit par de longues files d'attente aux stations-service, des restrictions régionales sur la vente de carburant et une interdiction gouvernementale d'exporter de l'essence. Pour un pays dont l'économie repose sur le pétrole brut, c'est un véritable casse-tête.
Même si l'engouement pour les voitures électriques en Russie reste modeste, ce cas illustre particulièrement bien ce qui peut réellement inciter les consommateurs à opter pour l'électrification. Aucune réglementation nationale en matière d'émissions ni aucune aide à l'achat ne sont à l'origine de cette évolution. La motivation est purement pratique : faire le plein d'une voiture à moteur thermique est devenu peu pratique, aléatoire et coûteux.
Il est bien sûr difficile de savoir si cette dynamique va perdurer. Si les capacités de raffinage sont rétablies ou si le rationnement du carburant devient la norme, la pression immédiate exercée sur les acheteurs pourrait s'atténuer et les inciter à se tourner à nouveau vers les moteurs à combustion.
Une Dongfeng déguisée
En revanche, le marché russe des voitures électriques reste peu dynamique, avec une dizaine de modèles environ. La plupart sont chinois, fabriqués localement ou importés du pays voisin. Toutefois, même sans le soutien des constructeurs, certains modèles font l'objet d'importations parallèles.
L'Evolute i-Joy, de fabrication chinoise, est le véhicule électrique à batterie (BEV) le plus vendu : il s'agit d'un SUV fabriqué en Russie et dérivé d'un modèle chinois de Dongfeng, qui représente environ un tiers du marché.
Bien que la Russie soit un État pétrolier, les infrastructures de recharge se développent à un rythme de 20% par an, avec un réseau comptant actuellement entre 8 000 et 10 000 bornes de recharge. Cependant, celles-ci sont fortement concentrées autour des zones métropolitaines et sont loin de couvrir l'immensité du territoire national.
La hausse des ventes de véhicules électriques en Russie montre ce qui compte vraiment : l'électrification est la seule voie vers l'indépendance énergétique, car elle peut être alimentée par plusieurs sources, allant de l'hydroélectricité au nucléaire, en passant par l'éolien, le solaire et le gaz. Si vous vous excluez du marché international en étant mis au ban à cause d'une guerre et que vos infrastructures énergétiques sont attaquées, cette vulnérabilité devient douloureusement évidente.


