Le fabricant chinois de véhicules électriques Leapmotor a choisi l'usine d'assemblage de Stellantis à Saragosse pour établir sa première base de production européenne. Alors que l'usine de Tychy du groupe automobile avait déjà produit quelques véhicules de Leapmotor, la Pologne est politiquement tombée en disgrâce et semble avoir perdu son créneau d'assemblage au profit de l'Espagne.
Les rumeurs allaient bon train quant au choix de Leapmotor pour Saragosse. Toutefois, les médias locaux en Chine rapportent aujourd'hui que le site est déjà en partie converti pour construire les véhicules de la série B de Leapmotor, à commencer par le SUV compact B10.
La production est désormais prévue pour le troisième trimestre 2026, soit plus tard que les prévisions antérieures qui tablaient sur un démarrage en 2025. Ce retard reflète à la fois la complexité de la conversion des installations de Stellantis et les difficultés qui ont marqué l'entrée de Leapmotor sur le marché européen.
Deuxième tentative
Le B10 sera la tête d'affiche de la gamme européenne de Leapmotor lorsqu'il fera ses débuts en Europe cette semaine au salon IAA Mobility à Munich. Le B05 est également prévu à Munich, et l'on pense qu'il sera présenté en avant-première par le Lafa 5 (voir ci-dessous).
Pour Stellantis, qui a pris une participation de 1,5 milliard d'euros dans Leapmotor l'année dernière, devenant ainsi son principal investisseur extérieur, le projet de Saragosse représente une deuxième tentative d'intégration de Leapmotor dans son réseau de production européen.
Les deux entreprises avaient déjà lancé une production limitée de la voiture urbaine Leapmotor T03 dans l'usine de Stellantis à Tychy, en Pologne. Mais la production a été brusquement interrompue au printemps, quelques mois seulement après la sortie des premières unités.
Changement de politique
Les initiés de l'industrie soulignent la pression discrète exercée par Pékin sur les constructeurs automobiles chinois pour qu'ils limitent leurs investissements dans les pays qui soutiennent le régime tarifaire de l'Union européenne sur les VE fabriqués en Chine. La Pologne faisait partie de ces pays, et le projet T03 aurait été victime de ce changement de politique.
Dans ce contexte, Saragosse s'est imposée comme la solution privilégiée, car elle offre la proximité de l'usine de batteries de 50 GWh prévue par CATL et la possibilité de s'étendre sur le site sous-utilisé de Stellantis.
Cette décision met également en évidence l'équilibre délicat au sein de Leapmotor International, la coentreprise dirigée par Stellantis qui régit les activités à l'étranger. Stellantis détient une participation majoritaire dans 51%, mais l'influence du partenaire chinois reste évidente dans les décisions stratégiques, telles que la sélection des sites de production.
D'autres sites potentiels, dont les usines de Stellantis à Eisenach, en Allemagne, et à Trnava, en Slovaquie, auraient été envisagés avant que l'Espagne ne l'emporte.

Pour les jeunes conducteurs
Alors que les projets européens progressent, Leapmotor connaît une croissance rapide dans son pays. L'entreprise a livré 57 066 véhicules en août, ce qui représente une augmentation de 88% d'une année sur l'autre et son quatrième mois record consécutif.
Au cours des huit premiers mois de l'année, les livraisons ont augmenté de 136% pour atteindre 328 859, ce qui a permis au constructeur automobile de réaliser des bénéfices pour la première fois de sa jeune histoire. Il s'agit d'un exploit considérable, car la plupart des jeunes entreprises chinoises peinent à générer des revenus dans le cadre d'une guerre des prix qui érode leur modèle d'entreprise.
Lors de l'IAA, Leapmotor dévoilera la Lafa 5 (voir photo ci-dessus), une voiture compacte à hayon équipée d'un système LiDAR monté sur le toit et dont le design rappelle celui de la Seagull de BYD.
Présentée par les dirigeants de l'entreprise comme une ‘voiture de rêve’ pour les jeunes conducteurs, la Lafa 5 marque l'entrée de Leapmotor dans le segment concurrentiel des véhicules électriques à hayon, face aux Volkswagen ID.3, MG4, et La luciole de Nio, qui vient de débarquer en Belgique.


