À partir du 1er janvier 2026, les entreprises flamandes ne pourront plus demander d'aide à l'achat lorsqu'elles achètent un camion électrique à batterie. Le Gouvernement flamand a décidé de retirer les camions électriques du programme ‘ Ecologiepremie+ ’, le principal dispositif régional d'aide à l'investissement dans les technologies respectueuses de l'environnement.
Cette décision intervient à un moment où l'électrification du transport lourd en Belgique n'en est qu'à ses débuts et reste fortement dépendante du soutien public. Dans le même temps, un autre avantage des camions électriques est en train d'être réduit. L'exonération de la redevance kilométrique pour les camions zéro émission, qui était encore totale en 2024 et 2025, sera réduite.
Les camions électriques ne sont plus inclus.
La confirmation officielle provient des règles Ecologiepremie+ elles-mêmes, qui stipulent que la liste des technologies éligibles sera révisée à compter du 1er janvier 2026. Selon les rapports sectoriels et les communications du gouvernement, les camions électriques ne figureront plus sur cette liste à la suite d'une décision prise par le Gouvernement flamand.
L'Ecologiepremie+, gérée par VLAIO, a permis aux entreprises de récupérer une partie substantielle du coût supplémentaire d'un camion électrique par rapport à un camion diesel équivalent.
En fonction de la taille de l'entreprise, cette aide couvrait environ un cinquième à un tiers de l'investissement éligible, avec un plafond d'environ 400 000 euros par véhicule et un maximum de deux camions par entreprise. Pour de nombreux précurseurs, en particulier les PME, cette aide a été le facteur décisif qui a permis de rendre financièrement viables les projets pilotes et les premiers déploiements de flottes.
Les camions électriques continueront de bénéficier de frais externes moins élevés, mais la composante infrastructurelle de la redevance routière ne sera plus entièrement supprimée. En conséquence, les coûts d'exploitation des camions électriques augmenteront par rapport aux niveaux actuels, ce qui affaiblira encore davantage leur rentabilité.
Facilement +100 000 € de plus
Concrètement, ce changement de politique signifie qu'à partir de 2026, les exploitants de camions électriques devront faire face à des coûts initiaux et d'exploitation plus élevés qu'aujourd'hui.
Alors qu'un camion électrique parcourant environ 100 000 kilomètres par an n'est actuellement soumis à aucune redevance kilométrique en Flandre, il serait soumis, à partir de 2026, à des redevances d'infrastructure d'environ 3 000 à 4 000 euros par an, même avec le tarif réduit applicable aux véhicules zéro émission.
Dans le même temps, la suppression de l'Ecologiepremie+ entraîne une perte pouvant atteindre six chiffres en matière d'aide à l'achat, ce qui pourrait augmenter le prix d'achat effectif d'un camion électrique d'environ 100 000 euros ou plus par rapport aux conditions en vigueur avant 2026.
Combinés, ces changements allongent les délais de rentabilité et réduisent considérablement le coût total de possession, rendant les camions électriques financièrement viables principalement pour les opérations hautement prévisibles basées dans des dépôts plutôt que pour une adoption à grande échelle sur l'ensemble du marché.
Adoption modeste des camions électriques en Belgique
Ce double changement de politique est important car la position de départ de la Belgique reste modeste, malgré la croissance récente. Après seulement 113 camions électriques à batterie immatriculés en Belgique en 2023, l'adoption s'est quelque peu accélérée en 2024 et au début de 2025, avec environ 130 nouvelles immatriculations en 2024 et environ 160 camions électriques supplémentaires immatriculés rien qu'au premier semestre 2025.
Malgré cette accélération, les camions électriques ne représentent encore qu'environ 31 % des nouvelles immatriculations de camions lourds, ce qui souligne qu'ils restent un créneau marginal dans l'ensemble du parc automobile.
Les autorités publiques et le secteur des transports continuent de pointer du doigt les mêmes obstacles structurels : coûts initiaux très élevés, disponibilité limitée d'infrastructures de recharge adaptées et incertitude persistante quant à la valeur résiduelle des véhicules.
Retarder davantage
Les organisations de transport, telles que Febetra, ont donc réagi avec inquiétude. Ils affirment que la suppression des aides à l'achat à un stade aussi précoce risque de ralentir la transition alors qu'elle commence tout juste à prendre de l'ampleur.
Sans subventions, les camions électriques resteront probablement cantonnés à des cas d'utilisation spécifiques, tels que la distribution à partir de dépôts, la logistique portuaire et les trajets régionaux courts, où les cycles de service prévisibles et les infrastructures de recharge privées facilitent la justification de l'électrification. Les petits transporteurs et opérateurs actifs dans le transport longue distance ou sur le marché spot devraient retarder davantage leurs investissements.
Par rapport à d'autres pays de l'UE, la Belgique joue déjà un rôle relativement modeste dans le subventionnement des camions électriques. Les Pays-Bas, par exemple, ont mis en place un programme national dédié aux subventions à l'achat de camions zéro émission, avec des cycles de candidature récurrents, offrant ainsi une visibilité à long terme aux exploitants de flottes.
Ces dernières années, l'Allemagne a moins recouru aux aides à l'achat directes, mais a soutenu la transition par des investissements publics à grande échelle dans des infrastructures de recharge à haute puissance pour les véhicules lourds.
La Belgique, en revanche, s'est principalement appuyée sur des instruments régionaux, tels que l'Ecologiepremie+ flamande, sans disposer d'un cadre national solide ciblant spécifiquement les camions électriques.
Sous la pression budgétaire ?
La décision de la Flandre est principalement motivée par des contraintes budgétaires et un changement de politique visant à supprimer les subventions à l'achat direct. Le gouvernement flamand considère l'Ecologiepremie+ comme un instrument de marché précoce qui devient de plus en plus coûteux par véhicule à mesure que les camions électriques font leur apparition sur le marché. Dans le même temps, les normes européennes en matière de CO₂ et les réglementations sur les émissions zéro devraient favoriser leur adoption.
Plutôt que de continuer à subventionner un petit nombre de véhicules coûteux, les décideurs politiques réorientent les fonds publics vers des mesures structurelles, telles que les infrastructures de recharge, la capacité du réseau électrique et les cadres réglementaires, en utilisant 2026 comme un moment naturel de réinitialisation du programme de subventions.
Les détracteurs soulignent toutefois que cela suppose un niveau de maturité du marché que le transport électrique lourd n'a pas encore atteint. Avec la fin de la prime à l'achat flamande en 2026 et la diminution des avantages liés aux redevances routières, la Belgique risque de prendre encore plus de retard par rapport aux pays voisins qui continuent à combiner incitations financières et déploiement d'infrastructures.


