Le nombre de passagers aériens devrait plus que doubler d’ici 2045, avec un taux de croissance annuel moyen de 3,9%, pour atteindre environ 10 milliards par an. C’est ce qu’indique la nouvelle étude « Global Market Forecast 2026-2045 » d’Airbus, le groupe aérospatial européen.
Bien que le secteur aérien se soit fixé pour objectif d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, ces prévisions soulèvent également la question de savoir si ses efforts de réduction des émissions pourront progresser assez rapidement pour suivre le rythme de cette croissance fulgurante. La plupart des climatologues se montrent très sceptiques à ce sujet.
Tendance à la préférence pour les petites villes
Selon Airbus, les principales raisons de la demande croissante en matière de transport aérien sont la croissance économique, l’urbanisation continue, un mouvement de décentralisation vers des villes plus petites, ainsi que la croissance démographique mondiale, accompagnée d’une expansion de la classe moyenne et d’une diaspora en pleine expansion. Les estimations d’Airbus sont les suivantes : conformément à celles de l'IATA, l'Association internationale du transport aérien.
Par exemple, la classe moyenne, qui est la catégorie de population qui prend le plus souvent l'avion, devrait compter 1,4 milliard de personnes supplémentaires (+34%) d'ici 2045. D'ici là, 1,3 milliard de personnes supplémentaires vivront dans des centres urbains, ce qui stimulera la demande en matière de transport aérien.
En conséquence, Airbus prévoit également que le nombre de petits centres urbains augmentera près de trois fois plus vite que celui des grands centres, ce qui permettra d'établir des liaisons directes entre des destinations qui, auparavant, ne pouvaient pas accueillir de vols sans escale.
Une autre tendance notable est l'augmentation des migrations internationales et des voyages familiaux. Les habitudes de voyage devraient connaître des changements significatifs, en particulier dans des pays tels que l'Inde, le Vietnam, l'Indonésie et la Malaisie.
Compte tenu de l'ensemble de ces facteurs, le trafic aérien devrait atteindre 21 300 milliards de passagers-kilomètres payants en 2045, contre 9 999 milliards en 2025.
Le plus grand marché du transport aérien devrait alors être le marché intérieur chinois, qui dépassera celui des États-Unis. Le troisième marché en importance serait le marché intérieur indien, avec un taux de croissance prévu d’environ 10% par an, ce qui signifie qu’il sera multiplié par plus de six au cours des 20 prochaines années, devançant ainsi les liaisons reliant deux aéroports d’Europe occidentale.

Forte demande de nouveaux avions
Pour répondre à cette croissance, Airbus estime que 42 060 nouveaux appareils seront livrés au cours des 20 prochaines années : 19 820 pour remplacer des appareils plus anciens et 22 240 supplémentaires. Un peu plus de 4 nouveaux avions sur 5 seraient des modèles à couloir unique – et non les plus gros avions long-courriers.
Autre élément à noter : la part des avions de dernière génération dans la flotte mondiale passera d'environ 39% en 2026 à près de 100% en 2045.
Airbus et Boeing se partagent la grande majorité du segment des avions à couloir unique, représentant plus de 93% du marché, et produisent l'ensemble des avions à fuselage large au monde.
Cette situation devrait se maintenir dans une large mesure au cours des prochaines décennies, comme le confirment les carnets de commandes : la famille A320neo totalise actuellement 11 179 commandes, et le Boeing 737 MAX, 6 779 – soit, dans les deux cas, plusieurs fois plus que le concurrent chinois, COMAC.
Et le climat, alors ?
Le rapport ne fait aucune mention de l'impact de cette forte croissance sur le climat. Toutefois, Airbus n'a cessé de souligner que les avions les plus récents consomment nettement moins de carburant et émettent moins de CO₂ par passager-kilomètre que les flottes qu'ils remplacent.
Mais même si tous les avions deviennent plus économes en carburant, le nombre de vols augmente plus rapidement que ne peuvent le compenser les gains d’efficacité. Un doublement du nombre de passagers, combiné à une réduction d’environ 20 à 30% des émissions par vol grâce aux nouveaux appareils, se traduit tout de même par une augmentation nette substantielle des émissions totales de CO₂ du secteur.
Par ailleurs, les carburants aériens durables (SAF) et les technologies électriques ou à hydrogène sont souvent cités comme des solutions, mais ils en sont encore à un stade précoce, coûteux et limité, ce qui signifie que, de manière réaliste, ils ne couvriront qu'une fraction de la consommation de carburant d'ici 2045.
Le transport aérien représente déjà environ 2 à 3% des émissions mondiales de CO₂, mais son impact climatique global, qui inclut les traînées de condensation et d’autres effets non liés au CO₂ à haute altitude, est plus important. Les scientifiques estiment que ces effets non liés au CO₂ multiplient par trois environ le réchauffement causé par le transport aérien.


