Une étude d'un an menée par Transports Canada et le groupe PIT, qui fait partie de l'organisme de recherche FPInnovations, a comparé l'utilisation et les coûts d'un camion lourd électrique de classe 8 par rapport à un modèle diesel dans des conditions réelles d'exploitation.
La conclusion ? Les avantages en termes de coûts peuvent être considérables... mais ne sont peut-être pas pertinents pour l'Europe.
L'étude “Zero-Emission Trucking Testbed” a permis de recueillir des données opérationnelles réelles, y compris les expériences de la flotte et des conducteurs, auprès de cinq camions électriques à batterie qui ont parcouru plus de 200 000 km dans la région de Montréal pendant 12 mois.
L'étude examine non seulement les différences de coûts, mais aussi les performances, la fiabilité, la sécurité et les meilleures pratiques opérationnelles.
Des e-trucks coûteux avec des incitations gouvernementales importantes
Et bien qu'il vaille la peine d'examiner l'ensemble de l'étude en lien ici, Il est donc possible d'en tirer des conclusions intéressantes. À commencer par les chiffres relatifs au coût total de possession, qui seront probablement les plus importants pour les entreprises de transport.
Selon l'étude, sur une durée de vie de 6 ans, le camion électrique permettra d'économiser plus de 157 000 CAD (près de 100 000 euros) par rapport à son homologue diesel.
Dans ce cas, l'étude a comparé les Freightliner eCascadia au modèle diesel Cascadia, et le Volvo VNR Electric au VNR64T. Tous deux sont des camions lourds de classe 8, exploités par Martin Brower et Loblaw.

Mais il y a déjà quelques bémols. A commencer par le prix d'achat : les modèles Freightliner eCascadia coûtent 560 000 CAD (349 500 €) chacun, contre seulement 195 000 CAD (121 700 €) pour le Cascadia diesel. Mais grâce à 325 000 CAD d'incitations régionales, le coût d'acquisition n'est que de 235 000 CAD (146 700 €) pour le camion électrique.
Les e-trucks européens sont plus proches en termes de prix.
Deux remarques peuvent être faites à ce sujet, notamment en comparaison avec les prix européens. Premièrement, il est peu probable que les incitations à l'achat de camions électriques soient maintenues à long terme, surtout à ce niveau de subvention.
Deuxièmement, la différence de prix entre les e-trucks européens et leurs homologues diesel est beaucoup plus faible. Par exemple, le Mercedes eActros 600 coûte environ 265 000 euros, contre environ 175 000 euros pour un modèle Actros diesel comparable.

Entretien presque égal, frais beaucoup moins élevés...
Après le coût d'achat initial, la plupart des économies réalisées dans le cadre de l'étude proviennent des coûts de charge beaucoup plus faibles que pour le modèle à moteur à combustion interne, l'entretien semblant assez similaire. Les camions électriques pourraient devenir moins chers à entretenir à l'avenir, mais dans ce scénario réel, cela ne semble pas être le cas pour l'instant.
En outre, compte tenu de la différence de coût entre la recharge et le ravitaillement en carburant, un autre bémol peut être apporté à la comparaison avec l'Europe : Le Canada a des prix de l'énergie beaucoup plus bas grâce à l'abondance de l'énergie hydroélectrique.
Dans la région de Montréal, la recharge ne coûte que 0,10 CAD/kWh (0,062 €/kWh), alors que le diesel coûte 1,24 CAD/litre (0,77 €/litre) à ces entreprises de transport.
... mais pas en Europe
En Europe, le prix moyen de l'électricité est plus de deux fois supérieur à celui payé par les Canadiens, même pour les entités commerciales. À moins que les entreprises de transport ne puissent charger leurs camions avec leur propre énergie solaire, les coûts de charge dépasseront probablement 0,30 €/kWh, surtout en cas de charge rapide.
Cela remet en cause l'ensemble du calcul du coût total de possession de cette étude canadienne lorsqu'il est appliqué à des scénarios européens. Mais les entreprises de transport peuvent en tirer des enseignements précieux, notamment en matière d'exploitation.
Les flottes ne se sont pas contentées de mettre en place des camions électriques sur des itinéraires diesel, mais ont sélectionné des itinéraires avec des distances prévisibles et ont optimisé les horaires de charge pour fonctionner de la manière la plus efficace possible.
Au fur et à mesure que l'infrastructure de recharge publique s'améliorera, cette question deviendra de moins en moins préoccupante, mais dans cette phase encore précoce, c'est une chose à laquelle il faut penser.
Le Canada est intéressant pour les e-trucks, mais l'Europe peut l'être aussi
Cela dit, les camions électriques semblent avoir un avantage dans les zones urbaines du Canada grâce aux incitations gouvernementales et aux faibles prix de l'électricité. Et en Europe, un projet de loi de 2024 Étude TCO réalisée par une entreprise allemande a trouvé un avantage aux camions électriques.
Mais avec Les échéances réglementaires de l'UE se profilent à l'horizon et le La part de marché des camions électriques reste marginale, Les acteurs de l'industrie continuent d'exhorter pour plus d'incitations et un développement plus rapide de l'infrastructure de recharge afin d'accélérer le passage à un transport routier sans émissions.


